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Kevin Ramkaloan (CEO de Business Mauritius) décortique la scène locale

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Kevin Ramkaloan (CEO Business Mauritius)

Le Budget 2024-25 est L’occasion pour Le gouvernement d’annoncer des mesures fortes pour favoriser un modèle économique durabLe et inclusif, observe le CEO de Business Mauritius, Kevin Ramkaloan.

Kevin Ramkaloan

Photo: Kevin Ramkaloan, CEo de Business Mauritius.

 

Dans son «Budget Memorandum», Business Mauritius place l’amélioration de la connectivité aérienne, maritime et digitale, mais aussi les problématiques d’érosion côtière et de formation aux métiers comme des priorités nationales. Pourquoi le secteur privé considère-t-il ces enjeux comme étant prioritaires ?

L’élaboration des recommandations pour le Budget memorandum est un travail qui se fait en profondeur par les trois commissions de Business Mauritius. Celles-ci sont calquées sur les trois maillons interdépendants du développement économique, social et environnemental. Chaque commission travaille sur des sujets qui sont soit liés à la communauté des affaires, soit qui touchent au développement national et qui demandent une collaboration public-privé.

Le sujet de la formation aux métiers est intéressant autant pour le capital social que pour l’inclusion, car elle répond non seulement à un besoin social de cadrer et former ceux qui sont en dehors du monde du travail pendant longtemps, y compris ceux qui ont été déscolarisés prématurément, mais aussi à un besoin économique de renforcer la main-d’œuvre au sein des divers secteurs à Maurice qui peinent aujourd’hui à recruter de la main-d’œuvre adaptée et compétente.

La qualité de notre connectivité portuaire et sa capacité à nous relier au reste du monde sont des aspects fondamentaux à notre économie. Pour le commerce, l’infrastructure et l’efficience restent des éléments critiques, mais leur importance est encore plus profonde, notamment puisqu’ils sont aussi déterminants en rapport à la destination Maurice pour les opérateurs internationaux.

Notre connectivité aérienne est aussi un élément décisif pour notre progrès, que ce soit en rapport avec notre compétitivité touristique ou pour attirer des investisseurs et entreprises internationaux qui veulent établir des opérations dans la région afin d’avoir un meilleur accès aux marchés africains et asiatiques.

Dans le même registre, si Maurice veut préserver son avantage compétitif dans la région, on gagnerait à être au-devant des avancées en connectivité digitale et intelligence artificielle. Aujourd’hui, l’intelligence artificielle vient changer la donne, pas seulement pour le secteur des TIC, mais aussi pour tous les secteurs de l’économie, en particulier les secteurs agricole et manufacturier. Elle a aussi la capacité de transformer les fonctions régulatrices, par le biais du RegTech, ou l‘utilisation de solutions technologiques pour faciliter la conformité aux réglementations financières et légales.

L’adaptation climatique est aussi devenue centrale au développement. À Maurice, l’on vit cela, entre autres, à travers l’érosion côtière, dont les causes ont plus rapport aux effets du changement climatique sur le niveau de la mer qu’à notre empreinte carbone. Nous avons là une situation qui touche à beaucoup plus que le tourisme, puisque le changement climatique atteint directement notre identité en tant qu’habitants d’une île, pour qui la mer est intrinsèque à notre mode de vie.

 

Kevin Ramkaloan – «Le financement des partis politiques doit se faire dans la transparence et de manière responsable»

 

L’économie mauricienne est dans une phase de reprise. Le Fonds monétaire international s’attend à une croissance de 4,9 % du PIB pour 2024. Cela dit, dans quelle mesure est-il important de s’attaquer aux priorités de long terme ?

Notre croissance immédiate est une fonction des investissements déjà enclenchés ainsi que des projections de consommation et de l’exportation nette. Nos sujets de priorité nationale sont posés dans le but d’atténuer les risques à long terme ; cela va réduire notre capacité de production, comme dans l’exemple cité plus haut sur les effets de l’érosion côtière sur le tourisme.

Dans le même esprit, nos capacités de production et notre taux de croissance pourront, par exemple, être largement améliorés si nous arrivons à absorber rapidement et efficacement les nouvelles technologies. Nos recommandations ont justement été faites avec cette vision à moyen et long termes de la croissance et de la création de richesses, plutôt qu’une perspective de court terme. La seule exception à cela est en rapport à nos propositions sur le port, puisque nous avons là un sujet qui pourrait entraver notre croissance dans le court-moyen terme. Il est nécessaire pour Maurice d’avoir un port efficient, non seulement pour nos exports mais aussi pour les importations. Si nous ne parvenons pas à maintenir le niveau d’efficience requis, cela aura un impact important sur notre économie dans l’immédiat, et sur le moyen terme.

Un budget 2020-2021 axé sur la résilience et l’humain attendu | business-magazine.mu

Kevin Ramkaloan, CEO de Business Mauritius.

 

Business Mauritius lance un appel pour le déploiement de nouvelles routes aériennes afin de dynamiser le tourisme. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Le travail pour identifier ces marchés et opportunités avait été entamé dès la réouverture des frontières après la crise Covid-19, et c’est un travail qui se poursuit. L’agilité sera une qualité déterminante pour ce secteur où les marchés sont toujours évolutifs, et nos politiques d’accès aérien et de connectivité devront répondre à cette nécessité. C’est pour cela qu’une de nos recommandations est la création d’un comité sur les politiques d’accès aérien, un Air Access Policy Committee.

Nous avons développé d’autres recommandations en ce sens, et cela en restant aligné sur les objectifs du transporteur national. Ici, nous reconnaissons pleinement la place d’Air Mauritius en tant que partenaire stratégique, en nous assurant bien évidemment d’une gouvernance solide et de compétences pointues et adaptées.

 

Concernant les propositions budgétaires pour le secteur des métiers, Business Mauritius semble vouloir aller sur le terrain du Human Resource Development Council. Est- ce à dire que certains programmes comme le «National Training and Reskilling Scheme» et le «Graduate Training for Employment Scheme» n’ont pas donné les résultats escomptés ?

Au contraire, travaillant en étroite collaboration depuis des années avec le Human Resource Development Council (HRDC), nous avons développé ces recommandations dans l’esprit de la collaboration public-privé qui nous caractérise. Nous avons d’ailleurs consulté le HRDC sur ce sujet en amont.

Alors qu’il existe déjà des programmes pour la formation et pour l’apprentissage au sein des entreprises, l’élément nouveau sera un système d’accompagnement sur deux à trois ans, comprenant des éléments de soutien afin de permettre aux jeunes ainsi que ceux qui ont été en dehors du monde du travail pendant longtemps d’intégrer pleinement et de manière stable le monde du travail.

 

Selon le FMI, la croissance du PIB sera tirée par la construction et les gros projets de logements sociaux et de transport public. En 2022, environ 70 % de la totalité des investissements étrangers ont été injectés dans le secteur de l’immobilier. Kevin Ramkaloan, est-ce que la croissance dans ce secteur peut être pérenne, compte tenu de la superficie exploitable de notre territoire et du fait que ce type de développement est susceptible de nuire à notre biodiversité et l’agriculture ?

J’aimerais ici souligner le rôle de l’immobilier sous l’angle work, live and play. Maurice fait face aujourd’hui à une population vieillissante et nous devons adapter nos stratégies afin d’attirer plus de professionnels à venir vivre et travailler à Maurice, et cela dans le but de poursuivre notre croissance économique et répondre aux enjeux de demain.

Le développement immobilier joue un rôle important dans cette démarche. S’appuyant sur notre proximité géographique, surtout pour la région subsaharienne et l’Inde, ainsi que sur notre convergence culturelle et linguistique aux trois continents d’Afrique, d’Asie et d’Europe, nous avons les moyens de rendre Maurice compétitif à l’international en tant que destination de travail en proposant une offre qui répond aux attentes des talents cosmopolites et dynamiques.

Mais il n’est pas question non plus que ce type de développement se fasse au détriment des communautés locales ou de l’écologie de notre pays. D’ailleurs, nous avons une commission de développement durable et inclusif qui se penche déjà sur des questions telles que la gestion de l’eau, l’énergie renouvelable, la sécurité alimentaire et la biodiversité, entre autres. C’est aussi en ce sens que Business Mauritius avait proposé en 2019 dans notre National Business Roadmap qu’il y ait un master planning pour le pays.

Nous saluons, au passage, l’adoption de l’Environment Protection Act, qui est une avancée dans le développement durable à Maurice bien que nous comprenons qu’il y ait encore quelques éléments à y peaufiner.

 

Kevin Ramkaloan – «L’adaptation climatique est devenue centrale au développement»

 

Exacerbée par les effets du dérèglement climatique, l’érosion côtière impacte une zone riche en biodiversité et en services écosystémiques importante pour la vitalité du secteur touristique, de la pêche et de l’immobilier de luxe. C’est d’ailleurs l’un des enjeux nationaux que Business Mauritius juge prioritaire. Que propose le secteur privé pour endiguer ce problème de manière pérenne ?

Nous devons nous atteler rapidement à la tâche avec une collaboration public-privé exemplaire. Cela irait de pair avec un volet scientifique fort pour apprendre de nos projets pilotes et répliquer les best practices, non seulement à travers l’île mais aussi dans la région, et même parmi les petits États insulaires.

En parallèle, nous devons développer les bons mécanismes pour partager nos connaissances acquises des études et sur le terrain.

Kevin Ramkaloan (CEO Business Mauritius)

Kevin Ramkaloan, CEO de Business Mauritius.

 

En début d’année, le pays a été traversé par une succession de cyclones et d’épisodes de pluies torrentielles. Au niveau de Business Mauritius, avez-vous évalué le montant ou le profil des risques financiers que représentent de telles calamités naturelles pour l’économie ?

Il faut préciser qu’un simple calcul mathématique ne suffit pas à déterminer ces risques. Dans certaines activités, la perte d’une, voire de deux journées à la limite, est récupérable dans le cours d’une semaine ou deux avec de l’overtime ou autres mesures. Des secteurs d’activité qui se prêtent plus facilement au work from home se retrouvent peu affectés. Pour d’autres, par contre, qui traitent de produits périssables, par exemple, les pertes peuvent être beaucoup plus conséquentes.

Pour pouvoir estimer les pertes liées à un évènement climatique, il faut avoir des données. C’est en ce sens que nous avons commandité une telle étude plus tôt cette année sur l’impact des cyclones Belal et Candice sur la communauté des affaires, étude qui nous a permis de mieux comprendre les différences sectorielles. Par exemple, les services financiers ont connu très peu de baisse dans leurs ventes ou d’interruptions dans leur chaîne d’approvisionnement, tandis que la construction s’est vu essuyer des pertes significatives sur une seule journée de perdue.

Nous avons aussi appris qu’en rapport aux pertes financières, la quarantaine d’entreprises que nous avons étudiées ont rapporté de grandes variations en termes de pertes : moins de Rs 100 000 pour certaines et pouvant aller jusqu’à Rs 3 millions pour d’autres.

 

Dans son mémoire, Business Mauritius fait un plaidoyer pour des réformes structurelles, notamment des réformes au marché du travail. Pensez-vous que vous aurez la voix au chapitre compte tenu du fait que nous sommes dans une année électorale ?

Le moment est toujours propice pour parler de sujets importants pour notre économie et notre société. Que ces propositions soient retenues aujourd’hui ou plus tard, il est de notre devoir de les soulever et de mettre en priorité notre croissance nationale et notre développement économique, durable et inclusif. Notre souhait, c’est que ces priorités et recommandations soient entendues le plus tôt possible.

 

Le Budget 2024-2025 sera présenté en pleine campagne électorale. Quel est le positionnement de Business Mauritius sur le financement des partis politiques ?

Nous réitérons notre demande à l’effet que le financement des partis politiques se fasse dans la transparence et de manière responsable. Nous sommes en train de décortiquer la nouvelle proposition de loi et répondrons en due forme à l’exercice de consultation.

Comme à chaque élection, nous allons demander à nos membres et à toute la communauté des affaires mauricienne de s’assurer qu’ils adhèrent aux lignes directrices et aux grands principes liés au financement des partis politiques.

À Maurice, nous sommes réputés pour tenir des élections dans la transparence, dans l’intégrité et dans le calme, et le devoir nous revient à chacun, au privé comme au public, de se tenir rigoureusement à ces principes.

 

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