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Zone Euro : la reprise synonyme d’opportunité pour Maurice

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Zone Euro – Les derniers indicateurs publiés par Eurostat pour la zone Euro et l’Union Européenne démontrent une stabilisation économique. Ces perspectives optimistes recèlent des opportunités de croissance pour l’économie mauricienne.

Par Reecha Ramoo / Thomas Némorin

 

Zone Euro – Au cours du premier trimestre, la reprise économique dans la zone euro et l’Union européenne montre des signes encourageants, selon les dernières estimations de l’office statistique de l’Union européenne, Eurostat. Après une légère contraction au quatrième trimestre de 2023, le produit intérieur brut (PIB) corrigé des variations saisonnières a progressé de 0,3 % par rapport au trimestre précédent, tant dans la zone euro que dans l’Union européenne. Comparé à la même période de l’année précédente, le PIB a également affiché une croissance modeste de 0,4 % dans la zone euro et de 0,5 % dans l’Union européenne. Parallèlement, le taux d’inflation annuel dans la zone euro était stable à 2,4 % en avril

Analysant ces données, Manisha Dookhony, économiste, indique que la zone euro a rebondi après une légère récession. Les quatre principales économies – l’Allemagne, la France, l’Italie et l’Espagne – ont notamment en- registré une croissance plus forte que prévu au premier trimestre. «Après des trimestres consécutifs de contraction, au second semestre de 2023, les chiffres d’Eurostat montrent que le produit intérieur brut de la zone monétaire unique a augmenté de 0,3 % en janvier, février et mars. Cette croissance de 0,3% contraste avec le -0,1 % enregistré lors de la période précédente. Cette modeste hausse reste le niveau de croissance le plus fort enregistré depuis le troisième trimestre 2022, reflétant l’impact de la guerre russo-ukrainienne et du choc des prix de l’énergie sur l’économie européenne. Le taux de croissance de la zone euro a généralement été bas, sauf au troisième trimestre 2020 où il y a eu un rebond après la Covid-19. Ainsi, il s’agit d’une nette progression», explique-t-elle.

En analysant ces statistiques à la hausse, il est opportun d’envisager comment Maurice pourrait en tirer parti, notamment en matière de commerce, de tourisme et d’autres activités économiques. Pour Manisha Dookhony, cette perspective demeure très encourageante, car une croissance entraînerait une demande grandissante pour nos produits exportés vers l’Europe, notamment dans le textile. De plus, le nombre déjà élevé de touristes en provenance notamment de la France pourrait être maintenu, voire augmenté, grâce à cette tendance positive.

De l’avis de Manisha Dookhony, malgré le taux de croissance relativement bas, l’Europe offre des perspectives de collaboration importantes ; notamment en termes de diversification des sources d’investissement au-delà de l’immobilier vers des secteurs tels que la biopharmacie, les services comme l’externalisation, la transformation des déchets et l’économie circulaire. Il y a également des développements de nouveaux axes de collaboration, comme par exemple les centres de recherche, ainsi que la diversification des partenariats en fonction des différents pays européens. Selon elle, il serait aussi opportun de mettre en place une stratégie de diplomatie économique pour renforcer les liens et optimiser les opportunités de commerce et d’investissement.

 

30 % DES EXPORTATIONS ACHEMINÉES VERS L’EUROPE

 

Au niveau de la Mauritius Export Association (MEXA), l’on se réjouit de cette reprise en Europe. Sa directrice, Lilowtee Rajmun-Jooseery, précise que l’Europe, sans le Royaume-Uni, représente environ 30 % de nos exportations. Ainsi, la reprise des activités économiques en Europe suscite un regain de confiance dans la consommation qui se traduira éventuellement par des achats accrus, tant en magasin que par le biais de commandes pour les exportateurs. Elle espère surtout que la demande pour nos principaux produits tels que le textile, la bijouterie et les fruits de mer augmentera à mesure que l’économie européenne se redressera, notamment après avoir observé une baisse de la demande de nos produits sur la zone européenne au cours des années précédentes.

 

«À ce jour, nous sommes pleinement présents sur le marché européen. Nous explorons de nouveaux marchés et approchons de nouveaux prospects comme à notre habitude. Cependant, ce qui revêt une importance capitale pour nous est notre alignement sur la Corporate Sustainability Due Diligence Directive (CSDDD) de l’Union européenne. Il sera désormais essentiel pour les entreprises et exportateurs, y compris Maurice, d’assumer une responsabilité d’entreprise et de respecter les normes écologiques, et nous y attelons déjà notamment en revoyant notre empreinte carbone sur les produits que nous produisons. Ainsi, l’Europe demeure au cœur de nos préoccupations et la MEXA se prépare en avance pour intégrer les mesures de ce rapport», explique Lilowtee Rajmun-Jooseery.

 

De son côté, Sameer Sharma, Chartered Alternative Investment Analyst et Certified Financial Risk Manager, fait ressortir que l’Europe dans son ensemble reste coincée dans un environnement de stagflation modérée, avec une demande faible, des démographiques défavorables, et des pays comme l’Allemagne continuant à faire face à des défis majeurs en termes de compétitivité et de modèle économique en raison de leur moindre dépendance au gaz russe bon marché. Cependant, il est d’avis qu’il existe des divergences intéressantes en Europe. Par exemple, l’économie espagnole qui devrait se comporter assez bien cette année grâce à une forte demande, une croissance solide des salaires réels ayant stimulé la demande.

 

«La vieille Europe stagne tandis que Maurice fait face à une forte concurrence sur ce marché. Les marchés émergents comme l’Inde croissent plus rapidement et ont une démographie plus solide, avec une classe aisée en expansion. Il y a certainement des opportunités à saisir, comme cibler le marché espagnol, mais ils bénéficient déjà d’un bon ensoleillement et de belles plages. Il est possible que certains Européens cherchent toujours à réduire les coûts et à délocaliser une partie de leur temps à Maurice si nous pouvons améliorer la qualité des infrastructures, des soins de santé, surtout les soins de santé privés qui ne sont pas très développés à Maurice, ainsi que des services généraux pour prendre soin de la génération vieillissante. Mais pour la croissance, nous ne la trouverons pas en Europe. Ce navire a déjà quitté le port», argumente Sameer Sharma.

 

Toutefois, il ajoute que si la croissance demeure faible en Europe et que les coûts continuent d’augmenter, nous devons en profiter. Pour ce faire, nous devons être compétitifs en termes de coûts et proposer une offre de produits plus attrayante pour les touristes et les résidents.

 

UN MARCHÉ IMPORTANT POUR LE SUCRE

 

De son côté, le CEO du Syndicat des sucres, Devesh Dukhira, observe qu’après le rattrapage post-Covid-19, l’économie européenne a commencé à se normaliser, mais qu’elle a entretemps été affectée par les hausses de prix des commodités, du fret maritime, entre autres, déclenchées par l’invasion russe en l’Ukraine. Le taux d’inflation en Europe est, en fait, passé de 2,9% en 2021 à 9,2% en 2022 et était estimé à 6,4 % pour 2023. «Nous l’avons vécu pour le secteur sucre où les prix de vente en 2022, après l’éclatement de la guerre, avait presque doublé par rapport à l’année précédente, surtout à la suite de l’explosion du coût de l’énergie. La situation s’est stabilisée en 2023 et nous retrouvons maintenant des prix plus ‘normaux’», indique-t-il.

La croissance et le taux d’inflation ont évidemment un impact sur la consommation. Déjà pour la campagne 2023-24, Devesh Dukhira est d’avis que la forte inflation a eu un impact direct sur les ventes Il dit avoir également constaté une baisse de livraison en Europe pour nos sucres spéciaux – qui sont vendus à des niveaux de prix plus élevés – soit de presque 25% par rapport à l’année précédente, en grande partie à cause d’une baisse de la consommation.

 

«Nous sommes actuellement en discussion auprès de nos acheteurs pour la prochaine récolte qui débute en juin et croyons comprendre qu’il y aurait une légère reprise. Cela dit, je dois souligner que la consommation sucrière est tout de même influencée par d’autres facteurs, notamment des campagnes antisucre, certaines personnes croyant qu’il serait néfaste pour la santé, de nouvelles tendances diététiques, et même le climat ; par exemple les ventes de glaces ou de boissons gazeuses ont tendance à augmenter quand l’été est chaud», indique Devesh Dukhira.

 

 

L’EUROPE, SANS LE ROYAUME-UNI, REPRÉSENTE ENVIRON 30 % DE NOS EXPORTATIONS

 

 

Parlant de stratégie, Devesh Dukhira met l’accent sur les valeurs intrinsèques des sucres spéciaux qui vont au-delà de «sucrer», notamment la saveur naturelle de la canne, leurs éléments nutritionnels, entre autres. Il précise que tout en consolidant notre présence sur les marchés de niche où nous sommes déjà présents – soit plus de 60 pays – nous maintenons une flexibilité pour pouvoir dévier davantage de sucre sur les marchés les plus rémunérateurs, surtout pour le sucre blanc. À titre d’exemple, le Syndicat des sucres a vendu un volume plus important de sucre blanc en Europe en 2022- 23 quand les prix de vente avaient explosé et moins sur l’année suivante quand ils ont commencé à se stabiliser. De plus, le Syndicat cible des secteurs qui seraient moins exposés à la volatilité des prix, tel que le segment du gourmet et des utilisateurs industriels recherchant des sucres de canne.

 

Zone Euro :LES ENJEUX ENTOURANT LA VALEUR DE L’EURO

 

Après deux années consécutives de dépréciation, l’euro s’est redressé en 2023, affichant un gain de 3 % par rapport au dollar. Cette année, la Banque d’Amérique prévoit à nouveau un euro relativement fort en 2024, tandis que la firme J.P. Morgan anticipe un renforcement du dollar en 2024 après une période de faiblesse due au conflit au Moyen-Orient et aux possibles hausses des prix de l’énergie. Les prévisions de ces institutions tendent vers un taux de change euro-dollar de 1,00 dans les premiers mois de l’année, ce qui indique une augmentation prévue de la valeur du dollar de 7 %.

En observant le cours actuel du dollar, Manisha Dookhony souligne qu’il existe des groupes très optimistes quant à l’euro, s’attendant à ce qu’il atteigne 1,15 par rapport au dollar en raison du ralentissement de l’économie américaine entraînant une baisse des taux d’intérêt de la Réserve fédérale. Il y a également des indications que la Banque centrale européenne pourrait réduire ses taux en même temps que la Fed, ce qui limiterait l’appréciation de l’euro. Malgré cela, elle prédit que la paire de devises devrait se renforcer en raison des baisses de taux de la Fed. Cela dit, elle souligne également qu’avant tout, il est important de comprendre que nos recettes d’exportation sont généralement en euros, tandis que nos importations sont en dollars. Une hausse de l’euro entraînerait donc une amélioration de la valeur de nos termes de l’échange, qui représentent le rapport, pour un produit donné, entre l’indice des prix à l’exportation et l’indice des prix à l’importation, ces indices étant exprimés. Une amélioration de 1 % des termes de l’échange signifie que la croissance des prix à l’exportation est supérieure de 1 % à celle des prix à l’importation. Cependant, la zone euro est confrontée à un paysage complexe marqué par des changements politiques et des défis économiques, notamment les élections législatives et présidentielles dans plusieurs pays de la zone euro, ainsi que des défis tels que les conflits mondiaux, le resserrement budgétaire et les préoccupations inflationnistes.

 

Zone Euro : ATTIRER PLUS DE TOURISTES EUROPÉENS

 

Pour le secteur touristique, l’Europe demeure un marché crucial pour Maurice, représentant une part significative de nos visiteurs, indique Umarfarooq Omarjee, le directeur exécutif du groupe Omarjee. Malgré les récentes turbulences mondiales, de la pandémie de Covid-19 aux conflits géopolitiques, Maurice a su maintenir son attrait grâce à sa position éloignée des troubles. Ainsi, alors que l’Europe semble s’orienter vers des jours plus cléments, des perspectives prometteuses se dessinent pour le tourisme insulaire.

Les stratégies à adopter sont claires ; il est primordial de renforcer les liens avec nos partenaires européens. Cela implique des initiatives telles que des voyages éducatifs (eductours) destinés aux professionnels du tourisme, afin de leur faire découvrir les atouts de Maurice et d’optimiser sa promotion sur les marchés français, anglais et au-delà. Umarfarooq Omarjee souligne ainsi le rôle crucial de la Mauritius Tourism Promotion Authority dans cette démarche, mettant en avant ses efforts remarquables dans la relance post-Covid-19.

Cependant, il insiste sur le fait qu’il ne faut pas se limiter aux approches traditionnelles. Il mentionne l’importance croissante des réseaux sociaux et des influenceurs pour accroître la visibilité de Maurice auprès des voyageurs européens. «Il est crucial de rappeler que Maurice a conservé une place très importante dans le cœur des Européens même après la période Covid, restant une destination de choix. Récemment, j’ai consulté un classement des destinations préférées pour les lunes de miel, et Maurice figure parmi le top 10 mondial. Cela démontre son importance. Nous devons saisir cette opportunité pour cibler les marchés prometteurs, en particulier ceux de l’Europe de l’Est. En raison des événements qui s’y déroulent, ces marchés sont désireux de changer d’environnement pour s’éloigner des conflits qui durent depuis deux ans», précise-t-il.

 

 

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