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Professeur (Dr) Sanjeev K Sobhee «Maurice a la capacité de se transformer en un knowledge hub dans un avenir proche»

Le Professeur (Dr) Sanjeev K Sobhee, Vice-Chancelier de l’Université de Maurice, est catégorique sur le fait qu’une des responsabilités de l’université est d’accompagner la transformation de nos secteurs économiques. Il rappelle que l’UoM, en renforçant les liens entre le monde universitaire, l’industrie et le secteur public, joue un rôle actif dans la construction du capital humain.

Le manque de main-d’oeuvre qualifiée demeure une grave préoccupation pour le monde des affaires. Les institutions d’enseignement supérieur sont pointées du doigt car selon certains observateurs, elles ne forment pas suffisamment les jeunes pour les besoins du marché du travail ? Est-ce le cas ?

En effet, c’est un problème qui affecte beaucoup de pays. À l’UoM, nous offrons des programmes d’études dans divers domaines, incluant les secteurs nouveaux et émergents, justement pour répondre aux besoins du marché du travail. Nous avons aussi intégré dans notre cursus des stages en entreprise pour accroître les compétences de nos diplômés. Je dirais que les institutions d’enseignement supérieur, surtout les institutions publiques, font de leur mieux pour former les jeunes pour le marché du travail local. Nous sommes toutefois restreints de par nos moyens – ressources financières et logistiques – qui nous empêchent d’augmenter le nombre d’étudiants par cohorte.

C’est aussi un fait qu’actuellement, Maurice fait face à un niveau élevé d’exode de cerveaux (brain-drain) ; un phénomène qui accentue le manque de main-d’oeuvre qualifiée localement. Beaucoup de nos jeunes diplômés sont séduits par les opportunités professionnelles qu’offrent les pays développés. Les entreprises locales sont aussi dans l’obligation de trouver des moyens d’encouragement et d’adopter des mesures incitatives pour les retenir.

Engagée à sa nouvelle vision qui consiste à se positionner comme une université orientée vers la recherche et la culture d’entreprise, l’Université de Maurice joue un rôle actif dans la constitution du capital humain, intellectuel, commercial et social dont notre pays a besoin pour développer une économie fondée sur la connaissance et l’innovation en renforçant les liens entre l’université, l’industrie et le secteur public. Un certain nombre de collaborations ont été initiées avec des entreprises privées, dont deux géants du secteur des TIC, à savoir, Accenture Ltd et Ceridian (Mauritius) Ltd, qui ont établi leur présence sur le campus à travers deux laboratoires visant à promouvoir l’enseignement et l’apprentissage, la recherche et l’innovation dans le domaine des technologies numériques.

L’UoM participe également au Graduate Training Employment Scheme (GTES) du Human Resource Development Council (HRDC) en vue d’améliorer l’employabilité des jeunes diplômés. Depuis sa mise en œuvre en 2018, l’UoM a offert cinq programmes d’études différents dans des domaines émergents tels que Enterprise Resource Planning et Applied Computing, avec la collaboration d’entreprises telles que MauBank Ltd et Accenture Ltd, et a formé environ 275 diplômés qui ont bénéficié d’une formation gratuite en cours d’emploi et des opportunités de développement professionnel en vue d’acquérir les compétences requises ainsi que la possibilité d’offre d’emploi après avoir complété le programme de formation.

Dans le cadre du GTES, un nouveau master en Business Engineering a été lancé en décembre 2022 avec la collaboration de Ceridian (Mauritius) Ltd. Depuis 2020, l’UoM propose également un MSc in Artificial Intelligence dans le cadre de l’AI Skills Development Support Programme du HRDC. Un premier groupe de 30 étudiants a complété ce programme d’études.

Le monde est dominé par la technologie. D’un autre côté, il devient plus instable, à cause des catastrophes naturelles récurrentes et des conséquences financières. Un exemple : la Covid-19. Ce problème requiert des ressources humaines qui ont la capacité de trouver des solutions nouvelles. Selon vous, les programmes qu’offrent les institutions préparent-ils les étudiants à penser out of the box et à être des solution-oriented persons ?

Ce n’est pas nécessairement un problème de programmes en matière d’études. C’est dans l’approche et la conception pédagogique que le succès du modèle éducatif repose. Quand l’enseignement encourage la créativité et l’innovation, c’est très bénéfique pour préparer les étudiants à devenir des problem solvers et des solution providers. Les programmes d’études devraient intégrer des activités pratiques ainsi que des projets collaboratifs pour aider les étudiants à développer leurs compétences en matière de résolution de problèmes.

L’accent devrait également être mis sur le développement de compétences non techniques telles que les compétences interpersonnelles, la pensée critique et la communication ainsi que l’intelligence émotionnelle pour aider les étudiants à faire face aux nouveaux défis d’un monde complexe et en constante évolution. En fin de compte, c’est aux institutions d’évaluer leur propre programme afin d’améliorer continuellement leur capacité à fournir une formation qui développe les compétences dont nous avons besoin pour affronter les difficultés actuelles et à venir. À l’Université de Maurice, nous avons justement mis en place le système Learner-centred credit system (LCCS) pour répondre aux besoins émergents.

Nous offrons des programmes d’études dans des domaines spécialisés, notamment, en microbiologie, changement climatique, les sciences de l’environnement marin, les énergies renouvelables, les technologies mobiles et intelligentes, etc. ayant pour but de former la capacité humaine dans ces secteurs. Le personnel académique qui mène des projets de recherche dans divers domaines – la santé, le changement climatique, l’environnement, entre autres – partagent aussi leurs connaissances et savoirs avec leurs étudiants.

Il faut noter que tous nos étudiants doivent compléter un projet de fin d’études à travers lequel ils sont appelés à résoudre des problèmes réels de notre société ou de s’engager dans l’entrepreneuriat. Nous encourageons aussi nos étudiants à prendre part à divers concours/projets de société/ hackathons, etc.

Les autorités continuent de promouvoir l’éducation tertiaire afin d’assurer le développement du capital humain. Êtes-vous satisfait des mesures incitatives du gouvernement pour développer ce secteur ?

Nous avons toujours besoin de plus de ressources. Mais il faut être conscient que l’éducation n’est pas le seul secteur que l’État doit développer. C’est le cas dans presque tous les pays du monde. Cependant, ces six dernières années, nous avons obtenu le soutien inconditionnel de l’État mauricien et du gouvernement. Nous avons pu mettre en place la faculté d’informatique, la faculté de médecine, ainsi qu’une école doctorale. Notre projet de doter le campus universitaire d’une résidence pour les étudiants (locaux et internationaux) progresse et nous avons le support nécessaire pour mettre en place la digitalisation.

Nous avons lancé de nouveaux programmes d’études en collaboration avec l’industrie tels que le VFX et animation, l’intelligence artificielle et informatique appliquée avec le soutien du Human Resource Development Council (HRDC). Avec les universités publiques et le free tertiary education scheme (FTES) du gouvernement, les Mauriciens ont toutes les chances de leur côté pour réussir au niveau postsecondaire.

Une des ambitions est que Maurice devienne un knowledge hub en attirant des jeunes du continent africain ou de l’Inde, ou d’autres pays en voie de développement. Selon certains observateurs, c’est irréaliste… à moins de dépasser les universités sud-africaines en termes d’enseignement, de recherches et d’infrastructures. Partagez- vous leur avis ?

Maurice a la capacité de se transformer en un knowledge hub dans un avenir proche. Nous avons déjà des étudiants étrangers, principalement de l’Inde, qui viennent à Maurice pour des études supérieures en médecine. L’UoM a déjà fait un grand pas en avant en intégrant le très prestigieux Times Higher Education (THE) World University Ranking 2023. Nous sommes classés dans la bande 1001-1200. Plus précisément, l’UoM est classée dans la bande 301-400 dans le domaine Life Sciences et dans la bande 601-800 dans le domaine Physical Sciences du THE.

Ce classement et cette reconnaissance du THE renforcent la réputation et la visibilité du pays comme une destination d’enseignement supérieur et arrivent à un moment opportun alors que le gouvernement s’active à promouvoir Maurice comme un knowledge hub. Nous allons aussi promouvoir nos programmes qui sont accrédités par des instances internationales pour attirer davantage d’étudiants étrangers. La nouvelle mesure du gouvernement permettant aux étudiants étrangers ayant complété leur diplôme de travailler à Maurice sous le Young Professional Occupation Permit va aussi promouvoir la destination mauricienne.

Maurice a certainement la capacité d’attirer plus d’étudiants internationaux pour l’enseignement supérieur, sur la base de plusieurs atouts, dont à travers un enseignement de haute qualité. L’Université de Maurice offre une éducation de haute qualité dans sept facultés via un large éventail de programmes : médecine, sciences, …

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