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Aruna Radhakeesoon : «Les décideurs développent une confiance dans la gouvernance d’entreprise»

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Après deux années de travail, la «diversity, equity and inclusion charter» a été récemment dévoilée. promouvant des valeurs fondamentales de la bonne gouvernance d’entreprise, cette charte représente une étape importante pour les entreprises tant du secteur public que privé, observe Aruna Radhakeesoon, présidente du national committee on corporate governance. Convaincue que l’adoption et l’application des bonnes pratiques de diversité, d’inclusion et d’équité aboutissent à de meilleurs processus décisionnels, à une gestion efficace des talents et à l’adaptabilité face aux changements, elle estime que cette charte est dans le contexte actuel devenue une «new business imperative». d’autant plus que ces bonnes pratiques sont intrinsèques aux évolutions réglementaires européennes et internationales, portant, par exemple, sur le «reporting» en matière de respect des droits humains.

Le National Committee on Corporate Governance a procédé récemment au lancement de son «Diversity, Equity, and Inclusion Charter». Que représente cette charte, tant sur le plan de la gouvernance organisationnelle qu’au niveau symbolique ?

La Diversity, Equity and Inclusion (DEI) Charter lancée par le National Committee on Corporate Governance (NCCG) représente une étape importante pour les entreprises mauriciennes tant du secteur public que privé. Cette charte permet aux entreprises signataires de développer leur stratégie DEI avec le concours du NCCG. Elle incite les entreprises signataires à nommer un champion DEI au sein de leur structure, à se fixer des objectifs mesurables en matière de DEI et à communiquer régulièrement leurs progrès au NCCG. Cette charte établit ainsi un cadre autonome pour atteindre des objectifs mesurables en matière de DEI, renforçant ainsi la responsabilité des organisations envers ces principes.

La charte DEI s’aligne sur quatre Objectifs des Nations unies sur le développement durable – à savoir les Objectifs 5, 8, 10 et 16 – démontrant ainsi l’engagement de Maurice à adopter les meilleures pratiques mondiales en matière de DEI. Elle représente donc un engagement fort en faveur de la promotion de la diversité, de l’équité et de l’inclusion à Maurice. Elle démontre la volonté des organisations de contribuer activement à la création d’un environnement de travail plus équitable, inclusif et diversifié.

Vient-elle en écho aux récentes mesures budgétaires ambitionnant d’améliorer la représentativité féminine au sein des conseils d’administration, dans le monde du travail ou de l’entrepreneuriat ?

La promotion du DEI est, de facto, un des piliers de la bonne gouvernance d’entreprise. C’est un chantier sur lequel le NCCG travaille depuis plusieurs années. Il ne peut y avoir de bonne gouvernance sans engagements concrets et durables en matière de DEI. L’on sait que la DEI aboutit à de meilleurs processus décisionnels. Sans parler de la gestion efficace des talents ou de l’adaptabilité face aux changements. L’élaboration de cette Charte a commencé en 2021 et nous avons abouti à la version finale en septembre 2023. Je tiens à saluer les membres de notre DEI Working Group, Anjaala Ramkhelawon, Danisha Sornum, Richard Arlove, Shalini Jugessur, Vanessa Doger de Spéville et son président, Sridhar Nagarajan.

Les récentes mesures budgétaires constituent un contexte extrêmement favorable pour l’adhésion à notre charte. Il y a, dans ces mesures, des points très importants. Rendre obligatoire la présence de salles d’allaitement pour les femmes dans les nouveaux centres commerciaux, les bureaux et les hôtels démontre une reconnaissance de la nécessité de soutenir les femmes qui travaillent tout en conciliant leurs responsabilités familiales. De plus, l’exigence pour les entreprises cotées en Bourse d’avoir au moins 25 % de femmes au sein de leur conseil d’administration vise à renforcer la représentation des femmes à des postes de prise de décision.

Notre charte vient compléter ces mesures en encourageant les organisations à promouvoir activement la diversité, l’équité et l’inclusion, non seulement au niveau de leur conseil d’administration, mais aussi à tous les niveaux de leur structure. Elle renforce ainsi l’effet positif de ces mesures budgétaires en créant un cadre pour des pratiques de DEI plus larges au sein des organisations.

Contrairement aux obligations pour les entités employant plus de 250 personnes d’offrir des facilités de crèche d’entreprise ou encore des sociétés cotées en Bourse d’avoir au moins 25 % de femmes au sein de leur conseil d’administration, la charte DEI du NCCG n’impose aucune contrainte.Cela limite-t-il son adoption ?

La charte DEI du NCCG a été délibérément élaborée de cette manière par le Working Group. Elle n’impose aucune contrainte aux entreprises signataires. Elle laisse le soin au conseil d’administration de ces entreprises de délibérer sur les principes de diversité, d’équité et d’inclusion, et d’élaborer leurs objectifs internes. L’absence de contraintes permet aux entreprises de s’engager progressivement dans le processus de promotion de la diversité, d’équité et d’inclusion, en adaptant leurs objectifs et leurs actions à leurs propres circonstances et besoins. Ainsi, les entreprises vont adhérer à la charte par conviction plutôt que par obligation.

Chaque entreprise signataire pourra faire son cheminement DEI selon la vision de son conseil d’administration. Nous estimons que cette approche permettra d’ancrer la vision DEI dans la durée et de créer la cohésion nécessaire autour du DEI. Ce qui peut limiter son adoption, c’est le phénomène de résistance «to change». Les chefs d’entreprise et les conseils d’administration évoluent dans un contexte différent aujourd’hui. Les attentes de leurs stakeholders sont plus élevées et différentes.

Aujourd’hui, les stakeholders – investisseurs, clients, employés, autorités – ont de nouvelles exigences envers les entreprises ; ce qui fait que le rôle des entreprises se redéfinit. Et l’on ne peut concevoir qu’un chef d’entreprise ou un conseil d’administration puisse, du jour au lendemain, changer ses modes d’opération pour s’inscrire dans le développement durable ou la DEI. C’est une réalité avec laquelle il faut composer. Notre charte doit être vue comme un point de départ. Et tous les acteurs économiques qui y adhèrent doivent être encouragés.

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