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Budget 2024-2025 : Le bilan quinquennal de Renganaden Padayachy à la loupe

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Renganaden Padayachy présentera ce vendredi le dernier budget de ce gouvernement avant les législatives. La protection sociale et l’inclusion ont été au centre des quatre premiers budgets du ministre des finances. Or, pour que cette politique soit durable, il est essentiel de créer les conditions pour une croissance soutenue. Ces dernières années, la croissance a été tirée par la reprise dans le tourisme et la construction de biens immobiliers et d’infrastructures publiques. Là où le bât blesse, c’est l’absence d’investissements qui créent une production future. Ainsi, l’on peut se demander si les politiques actuelles sont viables.

DANS la forme comme dans le contenu, le cinquième budget de Renganaden Padayachy s’inscrira dans la continuité. Il se concentrera sur trois axes principaux : le capital humain, la résilience économique et la résilience climatique. Fondamentalement, c’est la même philosophie qui a servi de fil conducteur pour les quatre budgets précédents. L’exercice budgétaire 2020-2021 avait pour thème «Notre nouvelle normalité – l’économie de la vie», celui de 2021-2022 «Mieux ensemble», celui de 2022-2023 «Avec le peuple, pour le peuple» et celui de 2023-2024 «Oser et protéger».

Comme le souligne un observateur économique, tous ces budgets se sont concentrés sur l’inclusion et la construction d’infrastructures publiques. Le financement a été assuré par des prélèvements sur les réserves internationales et des emprunts. La dette du secteur public reste à un niveau élevé, soit à 78,3 % en mars dernier. Selon lui, ce qui manque, c’est une vision économique sur la manière de parvenir à une croissance soutenue et durable maintenant que la reprise Covid-19 a été atteinte. Partager le gâteau est populaire et facile ; c’est en l’agrandissant que le défi se pose et demeure.

Le ministre des Finances est-il resté cohérent dans sa vision d’un modèle de développement inclusif et durable ? Selon Jaya Patten, directeur de Jaya Advisory – Financial Markets, Risks and Governance, il y a eu sans aucun doute cohérence dans la vision de Renganaden Padayachy. «Certains qualifieraient le ministre Padayachy d’idéologue. Il croit fermement aux politiques de redistribution visant à améliorer le sort de ceux qui se trouvent au bas de l’échelle. Des gouvernants réagissent en faisant preuve de compassion et d’empathie ; c’est dharmique. Toutefois, cette réactivité devrait s’accompagner, avec discernement, de responsabilité en termes de gestion économique. Quid des deux contraintes cardinales : le déficit budgétaire et le déficit de la balance des paiements ?», se demande-t-il.

Il rappelle que deux autres ministres des Finances étaient tout aussi déterminés sur leurs chantiers respectifs. Le premier est Vishnu Lutchmeenaraidoo, qui prônait une libéralisation du marché. Il avait rompu avec le cercle vicieux des tarifs douaniers, restrictions et taxes. La dynamique économique qui a suivi a amélioré la balance des opérations courantes. Alors que Rama Sithanen, avec l’aide de son réseau d’anciens de la London School of Economics, a été en mesure de créer l’offshore. Sa politique a amélioré le compte capital de la balance des paiements. Faisant le parallèle avec Renganaden Padayachy, Jaya Patten fait remarquer que le modèle inclusif et durable qu’il prône soulève une question légitime, à savoir si nous avons les moyens de nos ambitions ? «L’économie enregistre depuis des décennies des déficits chroniques tant sur le budget que sur la balance des paiements. Les trois axes choisis offrent une riposte appropriée et découlent probablement des recommandations de la Banque mondiale. Trois chantiers d’envergure certes, mais opportuns, nécessaires et potentiellement transformationnels. Les contraintes budgétaires existantes limitent la marge de manœuvre. Or, les champs d’action et leurs potentialités ne le sont pas», observe Jaya Patten. Et d’ajouter que la conception et la mise en œuvre de la résilience économique offrent l’opportunité de remédier au fait que «le modèle économique est désuet».

Résoudre la problématique du capital humain est tout aussi nécessaire. Il existe un manque évident d’expertise spécialisée et de pointe dans plusieurs secteurs, notamment les services financiers. Quant à la résilience climatique, c’est une stratégie qui pourrait s’avérer payante. Surtout quand on sait que la Commission mondiale sur l’adaptation estime qu’investir 1 800 milliards de dollars à l’échelle mondiale dans l’adaptation au climat d’ici à 2030 pourrait générer 7 100 milliards de dollars de bénéfices nets. L’Afrique a tout à y gagner de manière disproportionnée. Si Maurice se positionne intelligemment, c’est potentiellement transformationnel.

Le capital humain en détresse

Pour la professeure Sheila Bunwaree, les trois axes mentionnés qu’est le capital humain, la résilience économique et la résilience climatique ne peuvent être appréciés sans considérer trois grandes E : éducation, emploi et écologie/ environnement. «Si nous regardons le composant «éducation et formation» du capital humain, je pense que presque tout le monde nous dira que notre système d’éducation est un échec total. En 2024, le système continue à produire des milliers d’enfants qui ne savent ni lire ni écrire. Il y a un ‘mismatch’ persistant entre l’éducation nationale et ce dont l’économie a besoin. La fuite des cerveaux n’est pas à négliger. Comment parler de la résilience économique sans la création effective d’emplois. Le problème du chômage reste entier, surtout parmi les jeunes et les femmes.»

Selon la professeure Sheila Bunwaree, il n’y aurait pas un seul pilier de l’économie qui est florissant où la jeunesse mauricienne puisse entrevoir des perspectives de carrière et des salaires décents. De même, elle rappelle qu’il ne faut pas oublier que pour que l’économie soit résiliente, il faut une roupie stable. «Comment croire dans une résilience économique lorsque la dépréciation de la roupie persiste et que le pouvoir d’achat ne cesse de s’éroder, impactant la cherté et la qualité de vie des gens. Venons-en à la résilience climatique : la fréquence des inondations et presque tous les autres indicateurs climatiques sont au rouge, démontrant clairement que ce gouvernement a été incapable de virer vers un vrai ‘greening’ de l’économie. On est encore très loin du volume d’énergies renouvelables qu’on nous a promis», soutient-elle.

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