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Guillaume Hugnin (Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie) «Il faut une politique fiscale simple et peu élevée»

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Il faut s’attendre à une accélération de la croissance mondiale à partir du second semestre de 2021, portée par l’élargissement du déploiement des vaccins et la poursuite du soutien des politiques budgétaires et monétaires. Entre-temps, sur le plan local, le monde des affaires s’aligne sur la vision du Gouvernement de restaurer la croissance tout en assurant la protection de la population, insiste le Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie.

En début d’année, il y avait une belle dynamique au sein de la communauté des affaires et parmi les investisseurs. Celle-ci a été quelque peu enrayée par le reconfinement. Au niveau de la Chambre de Commerce et d’Industrie, quel est votre constat ?

En effet, après le choc économique et psychologique du confinement et le ralentissement brutal de notre économie, l’année 2020 peut être qualifiée d’annus horribilis avec la crise de Covid-19, puis le choc du MV Wakashio. 2021 s’annonçait comme une année de reprise et de reconstruction. Malheureusement, la seconde vague nous a frappés de plein fouet et notre situation de pays «Covid safe» est mise à mal. Le déploiement du vaccin tant sur le plan mondial que national est une lueur d’espoir pour la reprise des activités, avec une importance particulière pour le secteur touristique. Ainsi, la seconde vague a freiné l’élan de la reprise des affaires et la confiance des entreprises. Cependant, les opérations commerciales essentielles et stratégiques ont été maintenues pendant le verrouillage partiel de cette année. À la MCCI, nous avons continué à jouer un rôle déterminant dès le premier jour du verrouillage partiel pour mettre en place tous les systèmes de soutien pour assurer la facilité de faire des affaires pour les services essentiels, l’objectif étant la sauvegarde de la chaîne d’approvisionnement et de la distribution : du port aux consommateurs via les supermarchés et autres commerces. Le point positif est qu’en 2021, la communauté des affaires et la nation en général étaient mieux préparées. Elles ont pu s’adapter plus rapidement au confinement. Parallèlement, l’application pour l’obtention des WAP (Work Access Permits) a été plus simple et plus rapide. Ce qui fait que le confinement a été moins pénalisant. De plus, le «zonage» des régions à risque permet une circulation plus fluide aux autres régions. De ce fait, l’impact est mitigé. Par ailleurs, la plupart des unités commerciales ont maintenu leurs opérations bien que dans certains cas avec une maind’œuvre réduite.

 

Pendant le reconfinement, l’on a retrouvé la belle entente entre l’État et le secteur privé qui a permis d’accélérer la campagne de vaccination. Est-ce que cela pourrait inaugurer une nouvelle ère de coopération entre ces deux partenaires ?

Je peux témoigner que le dialogue entre la MCCI et l’État repose sur des bases solides et un respect mutuel. Il est important de rappeler que dès sa création en 1850, la Chambre a été engagée dans des discussions de haut niveau avec les pouvoirs publics sur les questions d’ordre économique et commercial. Cette tradition perdure, fort heureusement. Les officiers et autres analystes de la MCCI sont en contact quasi permanent avec leurs homologues de la fonction publique. De même, les cadres de la MCCI ont un accès facile avec de nombreux ministres et chefs de cabinet. C’est le ciment du paysage économique de notre petite île. Bien sûr, selon certaines circonstances, les points de vue peuvent différer, cela est sain et la MCCI, comme les autres institutions du secteur privé, respecte le droit de l’État. Tout comme l’État reconnaît la contribution importante du secteur privé mauricien. Par contre, il me semble que la société civile est en train d’émerger comme un acteur important de la pensée et de l’action économique. Je pense que la société civile jouera un plus grand rôle à l’avenir ; cela nécessite une meilleure organisation et permanence dans leur action. Pour en revenir à la communication entre la MCCI et nos dirigeants, il est bon de souligner que la Chambre est présente sur plusieurs conseils d’administration d’organismes étatiques. Et, dans certains cas, elle est un investisseur aux côtés de l’État. De plus, notre institution est partie prenante des négociations commerciales internationales. Nous y sommes invités par l’État. Ce qui est souvent cité comme un exemple par les organisations internationales. Tout ceci prouve que la relation secteur public-privé est non seulement solide, mais surtout bienveillante. Vous parlez de collaboration pendant la campagne de vaccination. Il est vrai que les organisations du secteur privé ont collaboré étroitement avec le gouvernement sur le programme de vaccination concernant surtout les employés des entreprises. Nous avons identifié les centres de vaccination les plus rapprochés pour les entreprises et coordonné le programme de vaccination. Mais cette coopération va au-delà de la vaccination. La MCCI a été un partenaire solidaire des autorités publiques pendant le confinement. Nous avons travaillé en étroite collaboration avec le gouvernement pour la coordination avec les opérateurs pour le WAP, ainsi que pour les protocoles d’ouverture des grandes surfaces, entre autres.

 

«Il faut à tout prix faire grossir le gâteau»

Si les opérateurs sont plus prudents depuis le second confinement et hésitent à aborder la question de reprise, l’on constate toutefois que le marché se montre plus confiant, la Bourse de Maurice étant sur une courbe haussière depuis la mi-mars. Qu’est-ce qui explique que la confiance soit plus présente autant chez les investisseurs que les acteurs économiques ?

La prise en compte de l’effet de la Covid-19 tant sur l’économie nationale qu’internationale a initié un déclin de la valeur de nombreux actifs, l’année dernière, car de nombreuses «blue chips» ont été affectées. En outre, il y a eu la mesure interdisant aux banques de déclarer des dividendes. Aujourd’hui, nous avons une meilleure visibilité tant sur l’ouverture éventuelle de nos frontières que la reprise économique mondiale. Donc, il y a forcément un effet d’ajustement des valeurs en Bourse. De plus, toute crise créant des opportunités, certains investisseurs prennent de nouvelles positions. Cela est l’essence même d’un marché boursier. Cela dit, il est un fait que notre Bourse est petite et isolée avec peu d’actifs et d’acteurs. Ainsi, l’impact d’un choc économique se fait davantage sentir, d’autant plus que de nombreux investisseurs étrangers ont choisi de réaliser leurs investissements. Cela impacte négativement les valeurs. La hausse du SEMDEX est également attribuée à la performance financière des banques commerciales. En effet, il y a eu une légère amélioration de la confiance des entreprises par rapport à la même période, l’année dernière, car les mesures d’accompagnement proposées par l’État ont permis le maintien de nombreuses entreprises, et ce, malgré la résurgence de la seconde vague. Ces mesures ont permis la continuité des activités avec un strict minimum, ce qui a renforcé la confiance sur tous les fronts. Néanmoins, la communauté des affaires reste fragilisée et inquiète avec plusieurs défis tant opérationnels que structurels. De plus, notre isolement nous rend extrêmement vulnérables. Consécutivement à la crise mondiale, le secteur logistique a été fortement impacté. Valeur du jour, on fait face à des problèmes d’irrégularités des dessertes à Port-Louis, couplés à une hausse importante des coûts du fret. L’inefficacité rapportée de certaines activités portuaires complique la donne. En effet, en cette période de crise, les opérateurs maritimes, en particulier les lignes maritimes, cherchent à optimiser leurs opérations et leurs coûts. Ainsi, tout retard est pénalisant et certaines lignes préfèrent des rotations moins fréquentes sur Port-Louis et la zone sud-ouest de l’océan Indien. Cela a un effet direct sur le coût des marchandises, avec des pressions inflationnistes sur les produits importés et une perte de compétitivité pour nos exportations.

«Le dialogue entre la MCCI et l’état repose sur des bases solides»

À Maurice, l’on se démène pour endiguer la seconde vague de la pandémie et sur le front de la vaccination, l’espoir d’une reprise mondiale impulsée par les États-Unis pourrait se matérialiser dès le second semestre. Peut-on se permettre d’être optimiste ?

Bien sûr, nous devons être optimistes, et ce, pour plusieurs raisons. Après une contraction démesurée de l’activité économique en 2020, la production et la demande mondiales devraient rebondir fortement cette année. Nous prévoyons que la faiblesse actuelle renouvelée due aux verrouillages dans les grandes économies cédera la place à une accélération de la croissance économique à partir du second semestre de 2021, portée par l’élargissement du déploiement des vaccins et la poursuite du soutien des politiques budgétaires et monétaires. Sur le plan local, le milieu des affaires est aligné sur la vision du gouvernement de restaurer la croissance économique tout en assurant la protection de la population. Nous soutenons l’effort de vaccination et espérons qu’on pourra bientôt rouvrir l’économie mauricienne au monde. Par contre, le manque de visibilité sur l’accès aérien vers Maurice demeure une problématique. Le secteur touristique doit se reconstruire, non seulement les grands groupes hôteliers, mais surtout les petits et moyens opérateurs qui complètent l’offre et l’expérience. Nous pensons qu’il faut rapidement définir et implémenter une politique d’accompagnement pour ces opérateurs, certains ayant même cessé leurs activités. Je profite de cette occasion pour faire un appel au nettoyage de nos routes, des cours d’eau, des jardins, entre autres. Il faudrait que les visiteurs sentent un renouveau, un sens de l’accueil encore plus fort. On dit que dans l’ère post-Covid-19, le voyageur sera plus soucieux de l’environnement sanitaire et du tourisme culturel. Il faut donc se mettre au travail rapidement sur ces aspects importants, il ne  faudrait pas décevoir nos nouveaux visiteurs.

Le raffermissement du dollar a un double effet : d’une part, il rend plus chers le fret et les importations et, d’autre part, il permet aux exportateurs d’engranger plus de profits. Dans la conjoncture actuelle, l’appréciation du dollar est-elle profitable ou pas au business ?

 L’appréciation rapide de l’USD a un impact important sur le coût des importations, provoquant une inflation importée galopante. Nous dépendons fortement de l’importation. Nous importons, en fait, 75 % de ce que nous consommons; nous sommes donc très dépendants des autres pays. Les effets de la dévaluation de la roupie sont déjà ressentis sur le marché local, provoquant des prix instables. Non seulement pour les denrées alimentaires, mais aussi l’acquisition d’équipements, de machines et de matières premières associée à des frais de transport croissants. Tout cela a un effet néfaste sur la compétitivité de nos entreprises. Pour les entreprises orientées vers l’exportation, l’appréciation du dollar américain rend les exportations mauriciennes plus compétitives en valeur, mais celles orientées vers l’exportation y perdent en termes absolus. Il n’est pas exact de concevoir des «profits» améliorés dus à la dévaluation de la roupie car il faut remplacer le stock de matières premières utilisées qui augmentent consécutivement à l’effet de la dépréciation. En fait, le changement des valeurs entre les devises demande un ajustement précis des taux et des variances cette situation nécessite une maîtrise précise de ces facteurs. Il n’est pas rare d’importer des matières premières en USD et d’exporter les produits finis en rand sud-africain, dollar américain, livre sterling et euro pour des produits issus des mêmes matières premières. Il devient donc nécessaire aux opérateurs de jongler en permanence entre ces devises, ce qui complique, bien sûr, l’activité et comporte des coûts, mais surtout des risques additionnels. Nous pensons qu’il est primordial d’assurer la stabilité de l’USD vis-à-vis de notre roupie. La réouverture des frontières sera un fort pourvoyeur en devises et comblera certainement ces difficultés.

Pour nombre d’observateurs, il est crucial que tout en restant pleinement intégré dans le courant de la mondialisation, Maurice développe une stratégie beaucoup plus régionale et glocale. Vos commentaires ?

Le passage des opérations mondiales aux opérations «glocalisées» – je préfère le terme régional –, a suscité un intérêt croissant depuis le déclenchement de la pandémie qui a gravement perturbé les chaînes d’approvisionnement mondiales. Il est vital de consolider les fondamentaux de la production locale pour assurer la sécurité des approvisionnements essentiels et, en même temps, explorer les chaînes d’approvisionnement régionales. La régionalisation permettra au secteur manufacturier mauricien de tisser des liens plus étroits avec ses clients locaux et régionaux, de renforcer sa compétitivité, de réduire ses risques opérationnels et de le rendre plus résilient face aux crises. Je pense en particulier au succès de nos exportations textiles et d’habillement vers l’Afrique du Sud. Il y a certainement des marchés à capturer dans la zone Afrique, où la consommation est en croissance avec une population de classe moyenne en croissance et surtout en nombre important. De même, des opportunités sont perceptibles dans certains pays d’Asie, l’Inde et la Chine, bien sûr, mais également des pays comme le Cambodge, le Vietnam et autres qui sont en croissance. Cela dit, nos marchés régionaux sont limités avec des accès difficiles, un pouvoir d’achat par tête d’habitant restreint et des choix et goûts auxquels nos producteurs devront s’adapter. Vu la petitesse de notre marché domestique, nous sommes condamnés à l’ouverture ; cela nous a bien réussi. Nous devons toujours consolider notre intégration à l’économie mondiale. Nos principaux attraits sont : le coût et la facilité de faire du business. Nos politiques doivent donc sans cesse se mesurer à ces critères et œuvrer pour une amélioration perpétuelle de ceux-ci. Nous ne devons jamais prendre une situation pour acquis car, d’une part, nous sommes sans cesse copiés par nos concurrents et, de l’autre, toute complaisance nous fait perdre du terrain. Le succès économique de notre pays, qui s’est traduit par une amélioration considérable de notre qualité de vie, demeure fragile. Il faut à tout prix faire grossir le gâteau (économique) afin de pouvoir mieux le partager. En temps de crise comme celle que nous connaissons actuellement, nous ne pourrons rebondir rapidement sans une maîtrise efficace de nos ressources économiques réduites.

 

«Les effets de la dévaluation de la roupie sont déjà ressentis sur le marché local»

Parlons de l’Afrique. Avec la création de la Zone de libre-échange continentale, l’on devrait assister à une croissance plus rapide du commerce intra-africain dans les années à venir. Comment voyez-vous l’opportunité qui se présente pour Maurice, surtout quand on sait que les exportations vers la région et l’Afrique restent inférieures à 25 % de nos exportations totales ?

La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA) est devenue une réalité le 1er janvier 2021. Ce marché unifié de 1,2 milliard de personnes avec un PIB combiné de 3 000 milliards de dollars est potentiellement une base solide pour le commerce intra-régional et l’industrialisation. Actuellement, les exportations intra-africaines représentent environ 17 % du total des exportations continentales. La ZLECA est l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde. Elle permettra de créer des opportunités commerciales et des emplois dans toute l’Afrique. La zone de libre-échange de l’Afrique représente une étape décisive vers l’intégration régionale à laquelle aspire depuis longtemps le continent. Pour Maurice, ce sont de nouvelles opportunités qui se présentent. À ce jour, nos exportations de produits vers le continent africain sont concentrées vers les pays de la SADC et du COMESA. Or, avec la ZLECA, ce sont de nouveaux marchés qui s’ouvrent pour nos opérateurs. Les pays d’Afrique de l’Ouest représentent de nouvelles opportunités d’affaires que nous ne devons pas négliger. Mais, pour qu’il y ait une fluidité au niveau du commerce intra-régional, il faut qu’il y ait les infrastructures appropriées pour faciliter le transport de marchandises ou de personnes. Je pense notamment au transport aérien et maritime. Par exemple, pour se rendre dans un pays d’Afrique de l’Ouest, il est plus simple de passer par l’Europe. Cela ne fait pas de sens. Si l’on veut promouvoir le commerce et l’investissement au sein du continent, il faut prendre en considération ces aspects logistiques. Maurice a également une grande opportunité de tirer avantage pleinement de son cadre légal solide et reconnu, de sa qualité de vie, de son ouverture vers les mondes (Europe, Afrique, Inde, Chine), afin de développer une économie de services pour pallier notre éloignement de certains marchés africains. J’invite également les opérateurs mauriciens à initier des joint-ventures avec des homologues de pays cibles afin de minimiser le risque et bénéficier de l’expertise locale. Je pense qu’il y a beaucoup d’opportunités à saisir, mais il faut s’assurer d’une bonne maîtrise des risques associés.

Sur le plan bilatéral, Maurice a signé deux importants accords avec l’Inde (le CECPA) et la Chine. D’aucuns disent que le pays a tout à gagner en repensant son modèle trop eurocentrique et en s’intégrant beaucoup plus dans une stratégie de développement Sud-Sud. Est-ce la voie à suivre ?

Les deux accords de libre-échange signés avec la Chine et l’Inde confirment le potentiel de Maurice en tant que position stratégique pour être un couloir de libreéchange entre l’Asie et l’Afrique. Il y a plein d’opportunités d’affaires à explorer, à condition toutefois, que les deux accords de libreéchange soient pleinement exploités par le secteur privé. Outre nos marchés traditionnels, cette diversification vers de nouveaux marchés, notamment l’Inde et la Chine, débloquera certainement le potentiel pour stimuler le commerce intra-régional et international pour Maurice. D’ailleurs, l’une des recommandations de la MCCI dans ses propositions budgétaires pour 2021 est de mettre en place un programme d’incitations pour les entreprises de Maurice, d’Afrique et de la Chine afin qu’elles développent des partenariats et des alliances stratégiques à Maurice pour bénéficier des accords commerciaux préférentiels. Nous pensons également aux opportunités importantes pour le développement de services de et vers l’Afrique. Nous ne considérons pas ces accords comme un changement du Nord-Sud vers du Sud-Sud, mais au contraire une complémentarité en vue d’élargir notre espace économique. Ceux qui connaissent l’Asie savent à quel point le commerce et les services y sont efficaces. Nous devrons donc nous y adapter. Nous nous comparons souvent à Singapour, qui a émergé rapidement du tiers-monde au nouveau monde ; cela est le résultat d’une ligne de conduite claire et bien définie, mais également de la capacité du pays à mettre en œuvre les mesures nécessaires au changement social et structurel. Là est notre challenge.

Faut-il repenser notre modèle économique ?

Nous avons tous le devoir de nous remettre en question. Il en est de même pour notre modèle économique. Du reste, nous avons évolué progressivement d’une économie dépendant presque entièrement des recettes de la canne à sucre à l’économie moderne que nous connaissons aujourd’hui. Il faut donc continuer à le faire. Et déjà, de nombreuses mesures prises ou récemment prises vont dans ce sens. Par exemple, les accords de libre-échange mentionnés plus haut nous offrent maintes opportunités que nous pouvons comparer aux effets bénéfiques que nous ont apportés les accords de libre-échange signés avec l’Europe en 1975 sous la convention de Lomé, nous donnant accès en franchise de douane au marché européen. Ce qui a donné lieu à une ère d’industrialisation dont le pays dans son ensemble a su bénéficier. Il faudra donc trouver les opportunités qu’offrent ces nouveaux accords avec la Chine, l’Inde et l’Afrique et les concilier avec les accords existants que sont les APE (accords de partenariat économique).

 

En fait, tous les accords de libre-échange agrandissent notre marché (nous pourrions dire notre territoire), créant des opportunités à saisir comme de nouvelles difficultés à maîtriser. Nous devons être cette «plaque tournante» entre l’Europe, l’Afrique et l’Asie. Certains aspects de notre économie méritent d’être repensés. Par exemple, notre modèle éducatif doit évoluer afin de permettre aux plus jeunes l’apprentissage de métiers et de s’intégrer plus facilement dans le monde du travail. Il y a également des opportunités dans l’économie circulaire émergente. Il ne faut pas rater le coche. Il s’agit donc de penser différemment afin de transformer nos déchets et de les valoriser. Le secteur des nouvelles énergies est également prometteur ; un cadre régulateur approprié doit être rapidement instauré. Il faut réussir notre transformation vers une société plus intelligente, en valorisant les sciences et la recherche scientifique. Il me semble que nous avons une difficulté à remettre en cause certains paradigmes. Il faut réussir à créer plus d’agilité et d’accountability. Ce n’est pas facile mais nous devons réussir cette transformation. En parallèle, il est nécessaire d’avoir un cadre légal plus prévisible afin d’attirer plus d’investissements directs étrangers dans la production et la valeur ajoutée, et ainsi optimiser le potentiel de l’investissement privé, créateur de richesse.

«Il y a d’énormes opportunités d’affaires à explorer»

Le Budget 2021-2022 sera présenté la semaine prochaine. Le ministre des Finances a déjà donné le ton en annonçant qu’il sera sous le signe de la relance et comportera un volet sur les réformes. Quelles sont les attentes de la communauté des affaires ?

Sans aucun doute, le ministre des Finances a la tâche ardue de présenter un Budget dans un contexte particulièrement difficile, soit la pire crise économique qu’a connue notre pays. Notre économie a perdu environ 15 % de sa valeur, et la relance attendue est toujours compromise. L’endettement national a atteint un seuil élevé. De plus, la crise a affecté bon nombre de foyers qu’il faut accompagner. Nous estimons que la solution se trouve dans une gestion pointue des dépenses publiques. Il faut s’assurer qu’il y a une optimisation des recettes et des dépenses dans un contexte de prudence financière et de discipline budgétaire. De même, il faut qu’on s’engage dans une politique d’accompagnement pour renforcer la confiance des entreprises et stimuler la croissance. Nous rejoignons le Senior Country Economist de la Banque mondiale, Erik Von Uexküll, quand il dit : «Je suis fermement convaincu que Maurice peut faire plus avec moins en faisant le meilleur usage possible des ressources financières publiques limitées. Cela nécessitera un degré de cohérence dans les politiques publiques afin de garantir que les ressources des secteurs soient alignées sur les objectifs stratégiques». Il conclut : «Il est possible d’améliorer l’efficacité des dépenses publiques». C’est le rôle principal du ministre des Finances dans la conjoncture actuelle. Nous l’accompagnerons selon nos moyens dans sa mission. La MCCI a toujours plaidé pour l’amélioration de la facilitation des affaires à Maurice et la réduction du coût des affaires dans le pays. L’année dernière, nous avons noté une augmentation significative du coût des affaires avec une augmentation de certaines taxes et charges, entre autres. La MCCI souhaite que tous les obstacles ayant un impact sur le coût des affaires soient maîtrisés et que Maurice se positionne comme une destination d’investissement attrayante aux investisseurs. Nous prônons une politique fiscale simple et peu élevée, permettant ainsi la concentration des efforts vers la création de valeurs.

L’économie mauricienne fait face à un double choc de la demande et de l’offre. Le ministre des Finances a-t-il les fonds nécessaires pour présenter un Budget répondant à ces deux priorités ?

En effet, le ministre des Finances se trouve dans une situation délicate où il doit jongler avec plusieurs défis : relancer la croissance, réduire les dettes du secteur public et, en même temps, assurer un déficit budgétaire soutenable. Votre question a trait à la capacité de financement du Budget national. Je dirais que tout bon projet trouvera les sources de financement nécessaires. Si le projet plaît, il y aura des bailleurs pour l’accompagner. L’art du Budget de cette année ne dépend pas, selon moi, des idées – il y en a toujours de nombreuses –, mais de la capacité à implémenter efficacement les mesures proposées qui devraient s’adresser principalement à une maîtrise pointue de la gestion des finances publiques. Il est important de pouvoir cibler les dépenses essentielles et d’éliminer celles qui ne sont pas efficaces. Il y va de la conviction du ministre des Finances qui aura à convaincre ses collègues de leur collaboration à la gestion financière pointue de chaque ministère et autres organismes publics ou parapublics. Il lui faut mettre en place des mécanismes de contrôle d’efficacité des mesures envisagées. Il y a là une occasion pour la transformation de notre économie de sorte à la rendre plus résiliente et efficace. Le ministre des Finances devra convaincre non seulement ses collègues, mais également la communauté des affaires et la société civile, qui, comme je le disais plus tôt, devient un acteur important de l’action économique. Je suis informé que le ministre des Finances a eu de nombreuses consultations. Il a été à l’écoute des challenges et des opportunités. Nous sommes optimistes, mais il ne faut pas rater le coche car la reprise ne sera que plus difficile et l’attente au rebond économique plus longue, donc plus dur à supporter.

 

«Réussir notre transformation vers une société plus intelligente»

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