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Shamin Sookia : «Maurice doit devenir un one-stop shop pour les grosses pointures»

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Ancien Head of Listing de la Bourse de Maurice et expertcomptable de formation, Shamin Sookia est à la tête de Perigeum Capital, une société financière offrant des conseils et solutions notamment dans le domaine du «Corporate Finance». Entre la restructuration de la dette ou encore l’émission d’obligations vertes, il s’appesantit sur la nécessité pour les acteurs de la finance de monter en gamme en mettant à la disposition de leurs clients des prestations à forte valeur ajoutée.

Depuis le 13 mars, Maurice ne figure plus sur la liste noire de l’Union européenne, ce qui constitue une véritable bouffée d’oxygène pour le secteur des services financiers après deux années difficiles. En tant qu’opérateur, avez-vous noté un renouveau dans l’intérêt porté par les investisseurs internationaux envers la juridiction mauricienne ?

L’inscription de Maurice sur les deux listes avait certainement fait sourciller certaines sociétés à utiliser notre juridiction. Je me souviens d’ailleurs que l’une des raisons avancées par l’un de nos clients, qui s’était effectivement retiré de Maurice, tournait autour de notre inclusion sur ces deux listes. Depuis notre sortie, il y a évidemment une prise de conscience que nous avons réussi le test de la confiance, dans la mesure où le choix des investisseurs pour notre juridiction devrait se faire plus facilement. De plus, les discussions que j’ai eues avec certains de mes confrères démontrent clairement que la confiance a été rétablie. Cependant, j’estime qu’il ne faut pas qu’on se laisse emporter par un excès de confiance pour négliger ce que l’on a construit et acquis au fil des années. Dans cette optique, je précise que je ne parle pas uniquement des investisseurs, mais aussi des promoteurs et autres sociétés ayant choisi Maurice pour diverses raisons liées à des projets d’investissement dans la région ainsi qu’en Afrique.

Dans le même temps, Dubaï a fait le chemin inverse et se retrouve désormais sur la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI). Est-ce que Maurice peut attirer ces investisseurs qui structurent leurs opérations à partir de Dubaï ?

Je dois dire que l’on ne peut pas vraiment comparer Maurice à Dubaï, étant donné que celui-ci est situé dans une zone différente de la nôtre. Son modèle économique est basé sur les revenus dégagés par le pétrole et l’entraide entre les Émirats arabes unis, et ce, de manière historique. Les investisseurs utilisant Dubaï comme plateforme financière ont des objectifs précis par rapport à leurs projets au Moyen-Orient. De ce fait, les incitations fiscales offertes par Dubaï font que son centre financier est mieux reconnu que celui de Maurice. À un second niveau, il ne faut pas non plus faire abstraction d’Emirates Airline, une compagnie d’aviation qui propose une desserte de 90 lignes aériennes, rendant ainsi toute comparaison avec Air Mauritius inutile. Je considère que l’inscription de Dubaï sur la liste grise n’aura pas un si grand impact sur son centre financier vu le profil des investisseurs et autres promoteurs rattachés à la juridiction. Bien évidemment, l’on peut toujours essayer de tirer profit de cette situation, mais je persiste à dire que Maurice devrait se focaliser sur l’Afrique pour des questions de proximité et la culture.

La dynamique est bonne dans les services financiers avec plus de 1 500 postes à pourvoir. En tant qu’acteur du secteur, est-ce que vous ressentez ce «feel-good factor ?»

Ce feel-good factor se faisait surtout sentir durant les précédents mois suivant notre sortie officielle, car les opérateurs étaient plutôt confiants quant à notre éventuelle exclusion de la liste grise. Au niveau de la Covid-19, je dois dire que nous sommes un peu sortis de l’ornière par rapport à la situation sanitaire datant de quelques mois de cela. Avec la réduction des restrictions sanitaires, l’on peut à nouveau voyager pour rencontrer les investisseurs et nos clients. De ce point de vue, je dois dire que le mood a été rétabli. À titre d’exemple, nous recevons pas mal de demandes provenant d’étudiants et de jeunes diplômés, que ce soit de Maurice ou de l’étranger. Par ailleurs, j’estime qu’une partie de ce feel-good factor peut être attribué à l’immunité collective étant donné le nombre de vaccinations atteint. J’ajouterais aussi que l’avancement des infrastructures, à savoir le Metro Express aussi bien que la construction de nouvelles routes, permet de renforcer ce sentiment auprès des Mauriciens et des étrangers. Après deux ans de turbulences, il faut profiter de cette aubaine alors que les affaires reprennent.

En parlant de recrutement, Perigeum Capital Ltd a attiré les services d’un expert de calibre avec la venue de Bhavik Desai au poste de directeur adjoint. Est-ce qu’il y a une réorganisation qui s’opère au sein de votre société ?

J’ai passé 11 ans comme Head of Listing au sein de la Bourse de Maurice. Étant dans la réglementation en matière des règles de cotation, j’ai notamment pu assister à l’évolution du Development and Enterprise Market (DEM) qui est passé de 46 entreprises à plus d’une centaine, avec plus de 200 instruments financiers qui sont cotés sur la Bourse de Maurice. Lorsque j’ai rejoint l’équipe de Perigeum Capital, les actionnaires majoritaires avaient décidé d’opérer indépendamment de la société offshore qui avait justement un département de Corporate Finance et Listing. C’est dans ce souci d’indépendance que j’ai rejoint l’entreprise en tant que Managing Director et je dois dire que notre équipe a beaucoup évolué depuis ces six dernières années. Après avoir réalisé de bonnes performances, nous sommes arrivés à une étape de notre croissance où l’on vise plus haut. C’est dans ce contexte que nous venons de recruter des professionnels, que ce soit en Advisory ou dans le Listing and Capital Market, et Bhavik Desai (ayant travaillé comme Head of Research chez Axys) sait très bien manier les chiffres, analyses et graphiques tout en ayant une bonne dose de compréhension en matière d’économie. Voilà comment nous sommes arrivés à un point où l’on regarde l’avenir avec beaucoup plus de confiance et nous avons des projets en cours qui seront révélés en temps et lieu.

Les différents services proposés par Perigeum Capital Ltd se déclinent en deux principales catégories, à savoir le «Corporate finance advisory» ainsi que les «Listing and capital solutions». Quels sont les points forts de votre entreprise qui a, par ailleurs, déjà été primée au niveau africain ?

Hormis la stratégie dégagée par les actionnaires majoritaires et les directeurs de l’entreprise, je pense que notre force se situe au niveau de l’équipe que nous possédons, ainsi que l’expertise, l’expérience, le dévouement et l’assiduité de notre personnel. En effet, nous pouvons compter sur nos analystes financiers, nos experts-comptables ainsi que nos légistes ; ce sont là des personnes qui ont fait leurs preuves dans leurs domaines. Afin de faire honneur à ces personnes, je mentionnerais Kesaven Moothoosamy (Executive Director), Darren Chinasamy (Principal qui s’occupe de la division Listing & Capital Market Solutions avec l’aide de son équipe) ainsi que Vidhisha K.Singh (Senior Associate), responsable du département Corporate Advisory & Finance. Même si la majorité de nos clients sont des étrangers dans le global business, nous avons aussi des clients mauriciens, dont quelques conglomérats, qui nous font confiance pour les projets d’investissement dans la région. Étant moimême expert-comptable de formation avec 11 ans comme Head of Listing à la SEM et 10 ans comme directeur financier au compteur, je dirais que notre équipe a une certaine notoriété en matière de rigueur à suivre les normes de la finance et la conformité aux lois. Possédant une licence de Corporate Finance Advisory auprès de la Financial Services Commission, je dois ajouter que nos clients sont très présents en Afrique, que ce soit dans l’immobilier, l’industrie pharmaceutique et les énergies renouvelables.

«Il y a une réticence de la part de certaines banques par rapport aux incertitudes existantes»

Face au risque d’une pénurie de devises sur le marché, la Banque de Maurice a effectué la plus grande transaction en dollars mercredi dernier tandis que le ministre des Finances a révélé que les deux années de crise ont occasionné un manque à gagner de Rs 122 milliards de Forex. Avec le redémarrage de l’économie, peut-on espérer reconstituer rapidement notre stock de devises ?

C’est un peu normal de se retrouver avec une pénurie de devises, surtout lorsque l’on sait que nous importons en dollars et nous recevons les devises principalement en euros. Durant la pandémie, nous n’avons pas eu de grande rentrée d’argent en raison de la fermeture des hôtels et la chute dans les exportations ; ce qui explique le déficit dans la balance commerciale vu que les importations dépassaient les exportations. L’intervention de la Banque de Maurice sur le Domestic foreign exchange market est conséquente avec plus de 200 millions de dollars mercredi dernier et plus de 400 millions de dollars depuis le début de cette année. Avec l’ouverture de nos frontières, il y a une résurgence d’activités économiques et commerciales et l’arrivée des touristes nous a permis d’obtenir une certaine quantité de devises. De ce fait, j’estime que cette intervention temporaire va pallier nos manquements tout en soulageant les importateurs, à savoir les supermarchés qui pourront ainsi régler leurs notes. Bien évidemment, nous attendons les mesures budgétaires pour connaître les lignes directrices du Grand argentier par rapport à nos secteurs, mais je trouve que cette intervention survient à un moment crucial pour donner une bouffée d’oxygène au système.

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