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Zayd Soobedar : «Les risques de ralentissement seront plus prononcés au premier semestre»

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Les challenges ne manqueront pas en 2023. Ainsi, les «downside risks» seront plus prononcés au premier semestre, observe le Managing Director de Strategic Insight Group. De l’avis de Zayd Soobedar, la récession mondiale va probablement avoir un impact défavorable sur nos exportations ainsi qu’un effet sur la reprise du tourisme international. L’un des enjeux se rapporte au pouvoir d’achat des mauriciens qui pourrait s’effriter davantage si les tensions inflationnistes persistent. De même, la hausse des taux d’intérêt durant l’année écoulée risque d’enfoncer un peu plus des entreprises et des ménages qui sont dans une position de vulnérabilité.

L’année 2022 est à mettre sous le signe de l’ambivalence. D’une part, l’économie mauricienne a amorcé sa reprise et, de l’autre, l’environnement international s’est dégradé avec l’éclatement de la guerre en Ukraine. Quel bilan faites-vous de l’année écoulée ?

2022 s’est positionnée comme l’année de la reprise – surtout après deux ans de pandémie – mais nuancée par de nouveaux défis. La reprise de l’économie mauricienne surtout avec le redémarrage du secteur hôtelier a continué à démontrer sa résilience malgré les difficultés et défis apparus au cours de l’année. Ainsi, Statistics Mauritius prévoit une croissance du PIB de 7,8 % pour 2022 et 9,1 % de la valeur ajoutée brute (VAB) pour la même période. Mais même si en 2022, on estime dépasser le niveau de la valeur ajoutée brute de 2019 en termes nominaux, il ne faut pas oublier qu’en général, les prix ont gran[1]dement augmenté. Au niveau de Strategic Insight, on estime que la croissance du VAB pour 2022 sera entre 4,5 % et 6 %.

Après la pandémie de Covid-19 en 2020 et ses ramifications persistantes en 2021 et en 2022, nous avons continué à faire face à des perturbations dans les chaînes d’approvisionnement (surtout un manque de conteneurs sur les routes maritimes et des congestions portuaires qui ont causé une hausse dans les prix du fret globalement), ainsi que la dépréciation de la roupie vis-à-vis des devises majeures.

D’un autre côté, avec la guerre entre l’Ukraine et la Russie en 2022, la situation s’est détériorée, et on a connu une hausse dans le taux d’inflation quand les coûts de l’énergie et les prix alimentaires ont flambé mondialement. La roupie a continué à se déprécier, affaiblissant davantage le pouvoir d’achat des consommateurs. Et comme anticipé, les ramifications de la pandémie de 2020 et 2021 ont contribué à la résurgence du spectre de l’inflation mondialement, mais la guerre Ukraine-Russie est venue précipiter et alimenter davantage cette hausse. En ce qui concerne l’inflation, nous prévoyons en 2022 un taux de 12,1 % sous notre scénario de référence (baseline scenario).

Pour combattre la dépréciation de la roupie et l’inflation, durant l’année, la Banque de Maurice (comme plusieurs banques centrales à travers le monde) a relevé le taux directeur en différentes occasions, passant de 1,85 % en janvier à 4,5 % en décembre 2022. Cela va définitivement avoir un impact sur la consommation et l’investissement, et surtout la croissance en 2023.

Nous notons également une détérioration du déficit commercial malgré une amélioration dans les exportations. Avec la dépréciation de la roupie et une reprise de nos marchés principaux, on a vu en 2022 une amélioration dans nos exportations. En même temps, nos importations ont augmenté relativement à 2021, mais il faut souligner qu’on a aussi importé à des prix plus élevés pour la majorité de l’année grâce aux tendances inflationnistes globalement et la dépréciation de la roupie. Ainsi, le déficit commercial s’est largement détérioré en 2022, et est estimé à Rs 164,3 milliards, représentant 46, 3% en glissement annuel.

Par ailleurs, la grande reprise se fait attendre pour certains secteurs d’activités. Ceux-ci montrent des signes concrets de reprise comme le tourisme. De janvier à novembre 2022, nous avons accueilli 862 560 voyageurs comparativement à 1 231 390 voyageurs pour la même période en 2019 (pré-Covid) soit 30 % de moins. Le secteur manufacturier, qui a connu une relativement bonne année en 2021, reprend lentement mais sûrement. Il en est de même pour l’exportation.

Néanmoins, la reprise se fait attendre dans d’autres secteurs clés avec des taux de croissance inférieurs à 2021. Les secteurs concernés sont principalement la construction (seulement 1,1 % en 2022 contrairement à 22,7 % en 2021), le Wholesale and retail trade (2,5 % en 2022 relativement à 4,1 % l’année précédente), les Tic, le Seafood et le global business, entre autres.

Entre la récession mondiale, l’inflation et le niveau élevé de l’endettement des entreprises comme des ménages, les perspectives sont un peu troubles, notamment pour le premier semestre de 2023. Dans quelle mesure ces vents contraires vont-ils impacter l’offre et la demande ?

Nous anticipons une hausse dans la probabilité de «default» dans les deux segments (entreprises et ménages) ainsi qu’un nombre grandissant de demandes de rééchelonnement auprès des institutions financières. Cette situation, qui est envisagée par les banques, est une des raisons pour lesquelles le Credit tightening continue.

Avec un fort taux d’intérêt, nous projetons aussi un ralentissement dans l’investissement privé en 2023. Les pressions graduelles sur la profitabilité des entreprises risquent de voir une baisse dans l’offre pour les aider à rester à flot. Tous ces facteurs risquent d’atténuer le taux de croissance et venir jouer les trouble-fête pour cette année. C’est là où le concept de Market intelligence et Risk management est plus que jamais impératif.

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