Type to search

Business files

Bijouterie-joaillerie : Le secteur brille de mille feu malgré l’instabilité du cours de l’or

Share

Si l’or règne en maître dans les métaux précieux les plus demandés et utilisés dans le secteur de la bijouterie-joaillerie, notamment à Maurice, le diamant le concurrence au niveau de la demande pour les pierres précieuses et fines. Si l’instabilité du prix de l’or depuis 2020 – et ses pics record – freine la demande pour les créations dans cette matière ou leur grammage, elle n’altère pas la créativité des bijoutiers-joailliers locaux pour trouver des alternatives ou encore leur sens des affaires pour s’adapter. Dans ce marché de niche et de luxe, l’expérience client et la qualité des biens demeurent reines.

La filière bijouterie-joaillerie n’a pas été épargnée par les pressions inflationnistes qu’a exacerbées le conflit armé en Ukraine. Depuis 2020, le cours de l’or, du platine et de l’argent, trois des métaux précieux les plus exploités dans l’industrie mondiale de la bijouterie-joaillerie, a connu des pics significatifs. Si le prix moyen du platine et de l’argent était en recul en 2022 par rapport à 2021, ce n’est pas le cas pour le cours moyen de l’or d’après les chiffres datés du 2 juin 2023 de la Banque mondiale. L’or étant une commodité utilisée aussi bien dans l’industrie, la dentisterie que la bijouterie-joaillerie, son cours demeure d’autant plus volatil depuis la pandémie avec des chaines d’approvisionnement tendues alors que les prix de l’or et de l’argent devraient en moyenne tourner autour de $ 1 900 l’once troy en 2023 (ndlr : l’once troy est une unité de mesure de masse pour les métaux précieux qui équivaut à environ 31,1 grammes), soit 6 % plus élevé par rapport à 2022. Le prix moyen du platine connaîtra d’après les projections de la Banque mondiale une hausse de 4 % en 2023 par rapport à 2022, pour s’établir autour de $ 1 000 l’once troy en 2023. De quoi donner le tournis aux bijoutiers-joailliers et autres détaillants d’un marché en pleine expansion avec l’affluence de marques importées de la grande distribution, de la mode et du luxe.

Tournée à la fois vers le marché d’exportation et le marché local, la filière bijouterie-joaillerie mauricienne retrouve en cette année 2023 des airs de presque normalité. Normalité par rapport aux trois dernières années de turbulences provoquées par la crise sanitaire et russo-ukrainienne, mais de nouvelle normalité par rapport à 2019, au regard notamment des tensions géopolitiques, des pressions inflationnistes, et les paysages macro-financiers qui font tanguer les cours des commodités et leur approvisionnement.

Dans le cas du marché local de la bijouterie-joaillerie, il est tiré par les achats de clients locaux et des touristes. Alors que s’amorce le deuxième semestre de cette année 2023, le constat est nuancé au niveau de la demande pour ces biens de niche et de luxe, et ce, en raison d’une combinaison de facteurs conjoncturels. «Chez Adamas, si nous comparons les ventes réalisées en 2023 par rapport à 2022, les achats des touristes sont beaucoup plus élevés et en augmentation cette année, car il y a beaucoup plus de touristes qui visitent l’île Maurice par rapport à la même période en 2022, il n’y a pas de restrictions en raison de la Covid et il y a plus de mouvements de touristes autour de l’île cette année, visitant les magasins, les centres commerciaux. Sur le plan local, bien que nous ne disposions pas de détails sur l’ensemble du marché local, Adamas estime que les ventes sont soit stables en 2023 par rapport à 2022 jusqu’à présent, soit même potentiellement plus élevées dans certaines catégories de produits, et peut-être légèrement plus faibles dans d’autres catégories. Par exemple, nous pensons que les achats de bagues de fiançailles sur le marché local ont été plus importants en 2021 et 2022 qu’en 2023, car davantage de personnes se sont fiancées après la levée des confinements, et il y a eu un retard dans les activités liées aux fiançailles et aux mariages qui a pu être rattrapé en 2022, de sorte que 2023 revient maintenant à une tendance plus normale dans cette catégorie», fait ressortir Sebastian Denton, Managing Director de cette enseigne incontournable de la bijouterie-joaillerie mauricienne.

Le bijou en or reste le best-seller

Du côté d’une autre enseigne emblématique, Ravior, l’on note d’ailleurs en ce mois de juin 2023 une légère baisse de la demande comparativement à 2022. «L’entreprise peut toujours compter sur la fidélité de ses clients grâce à la confiance instaurée depuis leurs premières visites ainsi qu’à la qualité de notre service», note cependant Josh Chinneya, son Sales & Marketing Manager, qui constate en parallèle que le bijou en or reste le best-seller.

En tête de liste des métaux précieux les plus communément utilisés pour la création de bijoux, l’or a connu une demande et une hausse accrues de son prix depuis 2020. Son incontournable attribut de valeur-refuge a valu à l’or de voir son prix frôler des pics record, soit autour de $ 2 000-2 100 l’once troy depuis l’éclatement de la pandémie de la Covid-19. Le dernier remonte à mai 2023 quand le prix a avoisiné les $ 2 048,15. Un contexte qui tranche avec des années de stabilité du prix de l’or au cours de la période 2013-2019.

Le prix moyen de l’or en 2021 gravitait autour de $ 1 770 l’once troy, contre $ 1 800 en 2021 et $ 1 801 en 2022. Le prix moyen du platine et de l’argent est en recul en 2022 par rapport à 2021, passant de respectivement $ 1 091 l’once troy et $ 25,20 l’once troy à $ 96,20 et $ 21,80. Ces baisses ne sont pas descendues aux prix moyens pour le platine et l’argent en vigueur en 2020 d’après les chiffres fournis par la Banque mondiale et datés du 2 juin 2023. Le cours moyen de l’or cependant n’est pas encore retombé depuis la propagation de la Covid-19 à l’échelle planétaire en 2020.

«Bien que le prix de l’or ait beaucoup grimpé depuis 2019, il a été beaucoup plus instable et volatil depuis le début de la pandémie. Il y a eu trois pics spécifiques en août-septembre 2020, mars-avril 2022 et le dernier pic en mars-mai 2023, où à chaque fois les prix ont atteint 2 000 – 2 100 dollars puis sont redescendus dans la fourchette de 1 800 dollars ou en dessous. Chez Adamas, cela a affecté la demande pour certains types de pièces, surtout les plus lourdes (15 grammes ou plus), mais pour les modèles de design plus légers, plus classiques et éternels en or, la demande reste constante, car ces articles sont toujours demandés. Nous avons également fait de notre mieux ces dernières années pour introduire de nouvelles versions plus légères d’autant de modèles classiques que possible, s’ils pouvaient être rendus plus légers grâce aux nouvelles technologies ou à d’autres méthodes. Bien que certains modèles étaient déjà aussi légers qu’ils pouvaient l’être tout en conservant leur solidité et leur durabilité», fait part Sebastian Denton.

Plusieurs facteurs influencent le cours de l’or, notamment les conflits internationaux qui ont des répercussions sur la stabilité du marché, rappelle-t-on au niveau de l’Assay Office. Sur le marché mondial, le cours de l’or a connu une ascension après le déclenchement de la guerre en Ukraine. «Si le prix de l’or valait Rs 2 633,70 le gramme au mois de janvier 2022, son prix s’élève actuellement à environ Rs 3 020,92 le gramme. Malgré cela, l’or semble attirer toujours plus d’investisseurs au regard de son statut de valeur refuge. Par ailleurs, le World Gold Council prévoit une performance stable mais positive pour le prix de l’or en 2023», nous détaille-t-on.

Dans son rapport des dernières perspectives trimestrielles, le groupe de la Banque mondiale souligne que son indice portant sur les métaux précieux a évolué de 9 % au premier trimestre 2023 sous l’effet de l’affaiblissement du dollar américain, de l’augmentation des tensions géopolitiques et des pressions inflationnistes, ainsi que de la forte demande industrielle d’argent et de platine. «Les décisions potentielles des banques centrales de détenir plus d’or constituent un risque majeur pour les prix de l’or, tandis que les contraintes d’approvisionnement peuvent entraîner une hausse des prix de l’argent et du platine», peut-on lire dans son rapport. Alors que les prix de l’or et de l’argent devraient en moyenne tourner autour de $ 1 900 l’once troy en 2023, soit 6 % plus élevé par rapport à 2022, le prix moyen du platine connaîtra d’après les projections de la Banque mondiale une hausse de 4 % en 2023 par rapport à 2022, pour s’établir autour de $ 1 000 l’once troy en 2023.

Le diamant, pierre précieuse la plus demandée

En dépit de la conjoncture économique mondiale difficile, nous rassure-t-on du côté de l’Assay Office, l’île Maurice pourra toujours s’approvisionner de plusieurs pays tels que la France, la Suisse, les Émirats arabes unis, l’Allemagne et l’Afrique du Sud. Les opérateurs de la filière bijouterie-joaillerie basés à Maurice s’approvisionnant principalement des Émirats arabes unis, de la Thaïlande et de l’Inde pour les bijoux, les pierres précieuses proviennent essentiellement de l’Inde, de Madagascar, de Thaïlande et de l’Afrique du Sud. «Il est bon de savoir que l’or reste une valeur refuge. Cela veut aussi dire que les bijoux en or achetés il y a quelques années ont pris de la valeur et cette tendance est continue, voire globale», observe Josh Chinneya de Ravior. Cet artisan-créateur constate un léger déclin du nombre de pièces en or achetées ou commandées. Cependant, cette tendance permet, en passant par le design et la création, de proposer des alternatives comme l’argent, le titane et très bientôt un alliage japonais.

Si l’or règne en maître dans les métaux précieux les plus demandés et utilisés dans le secteur de la bijouterie-joaillerie à l’échelle mondiale, le diamant le concurrence dans les pierres précieuses. «Chez Adamas, nous sommes surtout connus pour nos diamants et nos bijoux en diamant, et c’est donc la pierre que nous vendons le plus. Cependant, nous proposons une très large gamme de bijoux en pierres de couleur, des pierres précieuses comme le saphir, le rubis, l’émeraude, ainsi que des pierres semi-précieuses. Nous avons constaté une tendance récente à la popularité des émeraudes et des pierres semi-précieuses vertes, ainsi que du saphir rose, de la morganite et d’autres pierres de couleur rose. Cependant, les pierres bleues ont toujours été la couleur de pierres la plus vendue chez nous. Elles se vendent donc toujours bien et se sont même améliorées récemment, d’autres nuances de bleu étant redevenues plus populaires.»

Chez Ravior, l’on corrobore le fait que le diamant maintient sa place de pierre précieuse la plus demandée dans la bijouterie-joaillerie. «Nous notons également une hausse dans la demande pour la tanzanite et les diamants cultivés en laboratoire. Les pierres fines, autrement appelées pierres semi-précieuses, ont aussi du succès avec un prix abordable pour la création d’un bijou.»

Dans le cas du marché de la bijouterie-joaillerie tournée vers l’exportation, il se porte plutôt bien. Troisième plus important sous-secteur de l’industrie de l’exportation mauricienne, il a rapporté un chiffre d’affaires cumulé de Rs 1,24 milliard à l’économie mauricienne de janvier à mars 2023 contre Rs 1,17 milliard de janvier à mars 2022. Est-ce en raison de la dépréciation de la roupie vis-à-vis des principales devises utilisées pour l’exportation de nos produits et l’importation de nos intrants, soit l’euro et le dollar ? « Je pense que la majeure partie de cette augmentation est probablement liée à la dépréciation du roupie, et peut-être aussi à l’augmentation du coût des matières premières. Pour mesurer réellement la différence, il faudrait le faire en USD, car c’est la monnaie mondiale du commerce des pierres précieuses, des diamants, des métaux précieux et des bijoux, et il faudrait également tenir compte de la quantité d’articles fabriqués et vendus», laisse entendre le Managing Director d’Adamas.

Pour autant, ce sous-segment du secteur de l’exportation, qui représente une enveloppe d’exportation d’environ Rs 4 milliards annuellement d’après les chiffres émanant du ministère de l’Industrie, a des atouts indéniables et un réel potentiel pour l’exportation. «En général, je pense que ce qui a toujours fait la force du secteur de la bijouterie à Maurice, c’est la capacité, la créativité et la qualité du travail de nos artisans locaux, un environnement industriel et d’exportation généralement favorable, un accès favorable aux marchés d’exportation européens par rapport à de nombreux fabricants asiatiques, et la capacité de réaliser des commandes personnalisées et en plus petite quantité par rapport aux très grands fabricants d’Asie, d’Inde et de Turquie, ainsi que des coûts inférieurs à ceux des fabricants européens ou américains», fait ressortir Sebastian Denton.

Au fil des ans, les gouvernements ont toujours apporté leur soutien à ce secteur, soutient le Managing Director d’Adamas, enseigne en opération à Maurice depuis les années 70. La filière bijouterie-joaillerie tournée vers l’exportation a une bonne capacité à générer des devises, un potentiel compétitif et ce, en raison de la valeur élevée mais de la très petite taille des articles de bijouterie, «l’éloignement des marchés et les coûts d’expédition qui y sont liés ne posent pas autant problème que dans le cas du secteur de la fabrication de textiles», fait-il valoir.

Tags:

You Might also Like