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Services Financiers : devenir la porte d’entrée pour les investissements destinés à l’Afrique

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L’économie mauricienne se trouve dans une phase de nette reprise après les tumultes de la crise sanitaire, avec les acteurs du secteur des services financiers qui prônent l’innovation et la diversification de leurs activités pour contribuer à la croissance économique du pays. Le dernier exercice budgétaire présente de nombreuses mesures pour donner plus d’attrait au secteur et faire face à 2024, qui s’annonce plein de défis.

LE secteur des services financiers est un pilier important de l’économie mauricienne, contribuant environ 14 % au Produit intérieur brut (PIB) et employant quelque 15 000 professionnels. Les entreprises ont su faire preuve de résilience face aux affres de la Covid-19, et l’année 2023 a été sujette à des avancées dans ce secteur malgré les défis. Les acteurs du secteur ont tenus de valoriser les produits financiers, en tablant sur l’innovation, les investissements dans la recherche et le développement, ou encore les initiatives pour être à l’heure des nouvelles technologies et des offres durables.

La réputation du centre financier international (CFI) de Maurice comme un centre de prédilection pour la structuration transfrontalière et la gestion de fonds, avec près de 1 000 fonds domiciliés dans la juridiction, sera une des clés de la réussite. Clensy Appavoo, CEO et Senior Partner de HLB Mauritius, avance qu’avec une reprise des activités dans tous les secteurs économiques et une économie en croissance en 2023, on peut s’attendre à ce que les services financiers se développent également «car les entreprises ont besoin de services tels que le financement, la gestion des investissements, les services bancaires et les assurances». Ce dernier devait, de plus, faire part de la diversification des activités qui se poursuit, avec notamment le développement de nouveaux domaines comme la fintech, la finance verte ainsi que le fait que la juridiction est déjà sur la bonne voie pour faciliter l’investissement en Afrique. Cela, en plus de l’assouplissement du cadre réglementaire pour encourager l’innovation dans le secteur et une prévision de croissance autour de 5 % en 2023, selon le FMI, qui devrait stimuler l’activité du secteur financier.

Alan Rungassamy, Executive Director de Sunibel Corporate Services Ltd, avance également que l’émergence de nouveaux domaines d’activité tels que la fintech ou encore la blockchain et la gestion de patrimoine donneront plus d’envergure à la juridiction mauricienne, cela surtout au niveau du continent africain, afin de répondre aux besoins des clients et des entreprises. «Malgré la pandémie de la Covid et les conflits géopolitiques, le secteur des services financiers a su tenir le rythme, et a même connu un certain développement avec l’introduction de nouveaux produits financiers et l’assouplissement de certains critères pour s’établir à l’île Maurice, en plus d’être une juridiction conforme aux réglementations et normes internationales en matière de transparence et de lutte contre le blanchiment d’argent», affirme-t-il.

Shahed Hoolash, Managing Director de Vistra (Mauritius) Ltd, soutient pour sa part que le secteur financier a certainement connu un rebond dans l’activité des structures existantes dans le pays mais que certains facteurs comme la guerre en Ukraine, le conflit israélo-palestinien ou encore les taux d’intérêt élevés impactent directement les fonds de commerce, en plus d’entraîner un ralentissement dans les activités économiques globales.

LA PÉNURIE DE MAIN-D’OEUVRE ENTRAVE LE BON DÉVELOPPEMENT DU SECTEUR

Malgré les atouts du secteur des services financiers, de nombreux obstacles à franchir tendent à ralentir son développement et le CFI de Maurice pourrait se retrouver à la traîne face à la forte concurrence. Face à la pénurie de main-d’oeuvre, avec des talents préférant saisir des opportunités à l’étranger, le gouvernement a prévu dans le Budget 2023-2024 des mesures visant à faciliter le recrutement de travailleurs étrangers en rationalisant les demandes de Work Permit et d’Occupation Permit. «Les mesures comme la prime à l’emploi ajoutent de la flexibilité pour que les entreprises puissent recruter de la main-d’oeuvre locale sans qualifications et leur donner une opportunité de travailler dans le secteur financier. La rationalisation des ‘work & occupational permits’ assure également la pérennité de notre secteur en donnant la possibilité de recruter internationalement pour subvenir à notre besoin en main-d’oeuvre», concède Shahed Hoolash.

Alan Rungassamy est d’avis que la révision du seuil du salaire de base mensuel pour l’Occupation Permit de Rs 60 000 à Rs 30 000 permettra aux entreprises d’attirer davantage de professionnels étrangers, notamment dans les secteurs porteurs de l’économie tels que la finance, la technologie et l’ingénierie. Malgré la pertinence de ces mesures, l’Executive Director de Sunibel rappelle que la formation et le développement des compétences locales doivent être tout aussi importants. Clensy Appavoo partage le même avis : «En général, la facilitation du recrutement de travailleurs étrangers a été accueillie de manière positive par les entreprises confrontées à des pénuries de compétences. Cela contribue largement à combler les lacunes de compétences dans des secteurs spécifiques où il y a une demande élevée et une offre locale limitée. Cependant, le problème structurel du manque de capital humain très qualifié requis, par exemple, par le secteur financier et de la comptabilité ne sera pas résolu sans efforts parallèles sur la formation des Mauriciens.»

POSITIONNEMENT SUR L’AFRIQUE

Par ailleurs, l’économie locale pourrait pâtir des tensions géopolitiques qui s’accentuent, et les opportunités d’investissements sur le continent africain pourraient se présenter comme une planche de salut pour la juridiction mauricienne. Maurice souhaite se positionner comme la plateforme de prédilection pour canaliser ces investissements transfrontaliers. Le CFI de Maurice a une longueur d’avance sur la concurrence dans ce domaine, grâce notamment à sa position géographique et son réseau d’accords qui facilitent les échanges internationaux.

«Nous avons un atout majeur : nous sommes le seul centre financier de l’Afrique subsaharienne à être ‘investment graded’ par les agences de notation, ce qui nous permet d’accéder à des institutions financières et d’offrir une plateforme robuste, prévisible et accessible aux sociétés africaines pour leur levée de fonds. Les sociétés internationales peuvent contempler leur expansion africaine de manière sereine à travers notre centre financier. Nous avons aussi un système légal bilingue qui nous permet d’accéder aux pays africains anglophones et francophones», souligne Shahed Hoolash.

Il demeure toutefois certains aspects à améliorer, selon Clensy Appavoo, soit d’accroître la visibilité de la juridiction mauricienne en Afrique ou encore disposer d’un pool de talents localement disponibles ayant une connaissance du continent. «Avec des campagnes de communication ciblées et le renforcement des expertises panafricaines (linguistiques, fiscales, juridiques), Maurice a le potentiel de devenir incontournable pour les investisseurs en quête d’opportunités d’affaires en Afrique. Les ingrédients sont là ; il reste à mieux les mettre en valeur ! », précise-t-il.

Aujourd’hui, des initiatives pour améliorer nos produits financiers, avec notamment la promulgation du VAITOS Act ou encore le Variable Capital Companies Act, renforcent l’attrait du CFI de Maurice pour engranger des flux d’investissements étrangers. La poursuite des efforts d’innovation et de digitalisation des activités financières sera importante, ainsi qu’une veille sur l’évolution des règlements financiers internationaux, avec, en plus, l’introduction de l’impôt minimum global de 15 % qui se profile pour début 2024. «Avec des ajustements continus, ciblés et proactifs, le CFI devrait continuer en 2024 de servir de tremplin aux flux d’investissements internationaux, malgré des conditions macroéconomiques incertaines», conclut Clensy Appavoo.

Le secteur des services financiers est à la croisée des chemins et les institutions financières mauriciennes se doivent de se réinventer pour que la juridiction mauricienne se démarque des autres juridictions bien établies, soutient le ceo de mauritius finance.

Samade Jhummun (CEO de mauritius finance) : «notre centre financier a une forte capacité d’adaptation»

Quel est le développement du secteur des services financiers à Maurice en 2023 ?

Le secteur des services financiers a démontré une résilience remarquable en 2023. Avec une croissance estimée à 5 %, il a contribué à 13,7 % au PIB du pays. Nous avons réalisé cette performance malgré les nombreux défis et les effets de la guerre en Ukraine et les incertitudes géopolitiques. Cette résilience et cette stabilité confirment une nouvelle fois la forte capacité d’adaptation de notre centre financier. Les actifs au sein du secteur des services financiers ont augmenté tout comme sa capacité à créer de l’emploi. Plus de 20 000 professionnels travaillent aujourd’hui dans ce secteur qui s’est établi comme un important moteur de notre économie avec un fort potentiel de croissance dans les années à venir.

Le dernier Budget a adressé certains défis du secteur. Comment ces mesures ont-elles été accueillies ?

Les mesures budgétaires favorisant l’emploi sont cruciales à un moment où un certain nombre de nos professionnels choisissent des’expatrier dans des juridictions concurrentes. Les nouvelles conditions d’obtention d’un Occupation Permit et d’un Young Professional Occupation Permit permettent d’attirer davantage de main-d’oeuvre étrangère qualifiée afin de pallier le manque de professionnels de niveau intermédiaire.

Au-delà des efforts consentis, d’autres incitations doivent être mises en place afin de favoriser le recrutement de jeunes débutants pour ensuite leur permettre de se former et de développer de nouvelles compétences, y compris dans des spécialisations pointues leur permettant d’offrir des services à très forte valeur ajoutée à notre clientèle internationale.

Comment se positionne Maurice comme plateforme d’investissement pour des opportunités de développement en Afrique ?

Maurice demeure la juridiction de prédilection pour les fonds axés sur l’Afrique, puisque nous nous conformons à l’ensemble des 40 recommandations du GAFI en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Les institutions de financement du développement (DFI), investisseurs institutionnels, fonds de pension et les high-net-worth individuals et gestionnaires de fonds d’investissement alternatifs utilisent la juridiction mauricienne pour mitiger leurs risques et canaliser leurs fonds vers l’Afrique.

L’engagement de l’Union européenne à investir 150 milliards d’euros sur le continent d’ici à 2030 est une opportunité de taille pour notre centre financier international de se positionner comme un impact and sustainable investment hub pour la région.

Quels sont vos attentes pour 2024 ?

Améliorer le climat des affaires à Maurice est une priorité constante ; nous allons continuer à travailler dans ce sens. Cela implique qu’on améliore la qualité et l’attractivité de nos produits et services actuels tout en explorant de nouvelles opportunités. Créer un environnement propice pour attirer les meilleurs talents nécessaires afin d’offrir les meilleures prestations aux investisseurs est un des meilleurs moyens d’y arriver.

L’essor du créneau impact and sustainable investment est réel et s’inscrit dans une tendance longue. Il nous faut donc mettre en place un cadre ESG complet et attractif afin de répondre aux besoins des investisseurs souhaitant développer leurs activités dans cette spécialité.

Le plus grand défi auquel le secteur est confronté est d’attirer et de développer les talents locaux, tout en attirant les professionnels expatriés et en conservant le personnel qualifié et expérimenté. Il est donc très important de trouver des solutions à court et à moyen terme pour atténuer ce problème, comme exploiter davantage le Diaspora Scheme pour attirer des talents.

Nos efforts en matière de conformité seront intensifiés, surtout pour promouvoir l’eKYC et le digital onboarding afin de rester compétitifs sur le marché mondial.

Face à l’émergence de juridictions concurrentes, nous devons répondre en améliorant la compétitivité de nos produits et du service qu’offrent nos professionnels. Par exemple, l’Arabie saoudite a récemment annoncé un régime fiscal avantageux pour les activités des sièges régionaux des entreprises multinationales dans le pays. Alors que nous naviguons dans cet environnement dynamique, la planification stratégique et l’innovation sera cruciale pour maintenir et renforcer notre position.

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