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Martin Redrado (Ancien Gouverneur de la Banque d’Argentine et président de Fondacion Capital) « La Bank of Mauritius doit absolument rester indépendante »

u003cpu003eu003cstrongu003eu003cspan style=color:#ff8c00;\u003eBUSINESSMAG.u003c/spanu003e Vous êtes souvent présenté comme un ardent défenseur de l’indépendance des banques centrales. Pourquoi doivent-elles rester indépendantes ?u003c/strongu003eu003c/pu003eu003cp style=text-align: justify;\u003eIl y a une très forte concurrence entre les pays pour attirer des capitaux. L’indépendance des banques centrales donne de la crédibilité vis-à-vis des marchés financiers et des déposants. La banque centrale doit pouvoir agir sans pression politique. Mais indépendance ne veut pas dire autisme.u003c/pu003eu003cp style=text-align: justify;\u003eLa banque centrale doit garantir la stabilité monétaire, la stabilité financière et donner confiance. La banque centrale doit travailler en coordination avec le ministère des Finances. Mais coordination ne veut pas dire soumission. Il ne s’agit pas de défendre les intérêts de l’institution, mais de protéger les intérêts de la population.u003c/pu003eu003cp style=text-align: justify;\u003eu003cstrongu003eu003cspan style=color:#ff8c00;\u003eBUSINESSMAG. u003c/spanu003eCela vaut aussi pour Maurice ? u003c/strongu003eu003c/pu003eu003cp style=text-align: justify;\u003eEffectivement. Maurice a la chance de devenir un centre financier international. La Bank of Mauritius doit absolument rester indépendante. Il faut lui garantir la capacité de superviser sans pressions politiques et développer ses capacités professionnelles et techniques.u003c/pu003eu003cp style=text-align: justify;\u003eu003cstrongu003eu003cspan style=color:#ff8c00;\u003eBUSINESSMAG.u003c/spanu003e Justement, Maurice peut-elle devenir ce fameux « hub » financier entre l’Asie et l’Afrique ? u003c/strongu003eu003c/pu003eu003cp style=text-align: justify;\u003eMaurice dispose d’une grande opportunité. Le pays est proche de l’Afrique et a déjà développé d’importants flux financiers avec l’Inde. Il va falloir profiter du fait qu’il n’y a pas encore une forte concurrence sur ce continent.u003c/pu003eu003cp style=text-align: justify;\u003ePour l’instant, le seul concurrent c’est Singapour. Maurice doit donc développer une stratégie de niches, trouver des talents et assurer la sécurité des investissements dans un cadre légal et dans un contexte de stabilité politique. La présence des grands cabinets d’audit internationaux constitue un atout précieux.u003c/pu003eu003cp style=text-align: justify;\u003eu003cspan style=color:#ff8c00;\u003eu003cstrongu003e«Le monde est aujourd’hui multipolaire. Il faut que Maurice diversifie son économie. Cela veut dire diversifier les produits, les marchés et les sources de financement. »u003c/strongu003eu003c/spanu003eu003c/pu003eu003cp style=text-align: justify;\u003eu003cstrongu003eu003cspan style=color:#ff8c00;\u003eBUSINESSMAG.u003c/spanu003e Que faut-il faire de plus ? u003c/strongu003eu003c/pu003eu003cp style=text-align: justify;\u003eIl faut développer la Bourse et attirer des u003cemu003emarket makersu003c/emu003e. Le ministère des Finances devrait mettre en place un programme de dette à long terme libellée en roupies. Il y a actuellement un engouement pour la dette des pays émergents qui émettent en monnaie locale.u003c/pu003eu003cp style=text-align: justify;\u003eEn général, les taux offerts par les pays émergents sont supérieurs à ceux des pays développés. Il faut donc profiter de la recherche de rendement pour financer les infrastructures.u003c/pu003eu003cp style=text-align: justify;\u003eEn outre, il y a de la demande pour le papier émis par les pays stables. Ce qui est le cas de Maurice. Le ministère des Finances doit donc chercher à augmenter la compétitivité en finançant des projets d’infrastructures. Et ce financement devrait pouvoir se faire par l’émission de bons à long terme.u003c/pu003eu003cp style=text-align: justify;\u003eu003cstrongu003eu003cspan style=color:#ff8c00;\u003eBUSINESSMAG.u003c/spanu003e Il y a deux écoles qui s’opposent pour sortir de la crise. La première préconise une réduction de la dette et des déficits publics, et donc des budgets de rigueur. La seconde, au contraire, prône la relance de l’activité économique par des mesures monétaires et budgétaires. Dans quel camp vous situez-vous ?u003c/strongu003eu003c/pu003eu003cp style=text-align: justify;\u003eAprès la crise de 2008, on a constaté une faillite de la régulation. Je suis partisan d’une meilleure régulation des marchés financiers. Il ne faut pas laisser des trous. En Europe, on doit avoir des politiques de croissance. Mais on ne peut pas importer de modèle, chaque pays doit trouver des solutions locales. On ne peut pas pratiquer la même politique en Indonésie et en Argentine.u003c/pu003eu003cp style=text-align: justify;\u003eUne chose est sûre : il faut de la croissance pour sortir de la crise. Ce sont la croissance des investissements, la croissance de la consommation et la croissance des exportations qui permettront de sortir de la stagnation. Pour l’Europe, il existe deux sources de croissance : la dépréciation de la monnaie et une politique d’investissement. Or, pour l’instant, nous n’avons ni l’un ni l’autre. Je suis partisan de l’émission d’un u003cemu003eeurobond u003c/emu003equi permettrait de financer non pas les dépenses courantes, mais les infrastructures notamment à travers une politique environnementale.u003c/pu003eu003cp style=text-align: justify;\u003eQuand on a une seule monnaie, on doit avoir un seul taux d’intérêt. On devrait pouvoir créer une sorte de serpent monétaire autour des taux de la Banque centrale européenne (BCE). Pour les Européens, l’euro est un projet politique, mais sans convergence économique, l’intégration sera difficile. Il y a eu quatre paquets pour sauver la Grèce de la faillite. Mais la Grèce ne connaît toujours pas la croissance.u003c/pu003eu003cp style=text-align: justify;\u003eu003cstrongu003eu003cspan style=color:#ff8c00;\u003eBUSINESSMAG.u003c/spanu003e Les politiques d’injections de liquidités, comme le « quantitative easing » aux Etats-Unis, fonctionnent-elles ?u003c/strongu003eu003c/pu003eu003cp style=text-align: justify;\u003eLes banques centrales ne peuvent pas résoudre tous les problèmes. Le président de la Réserve fédérale américaine, Ben Bernanke, a souligné récemment qu’il y avait beaucoup de choses qui dépassaient le cadre d’intervention des banques centrales.u003c/pu003eu003cp style=text-align: justify;\u003eLa politique fiscale, la politique budgétaire et la politique de la concurrence doivent converger pour créer de la croissance. Dans la zone euro, la BCE intervient comme dernier prêteur. Elle doit créer de nouvelles lignes de crédits afin de soutenir les banques car c’est son mandat d’assurer la liquidité interbancaire. C’est ainsi que la BCE a créé un filet de sécurité de 1 100 milliards d’euros pour la monnaie unique européenne.u003c/pu003eu003cp style=text-align: justify;\u003eu003cstrongu003eu003cspan style=color:#ff8c00;\u003eBUSINESSMAG.u003c/spanu003e Que pensez-vous de l’économie mauricienne ? u003c/strongu003eu003c/pu003eu003cp style=text-align: justify;\u003eC’est une économie très stable. Mais elle doit relever les défis d’une économie émergente. Maurice est très fixée sur l’Europe. Le monde est aujourd’hui multipolaire. Il faut que Maurice diversifie son économie. Cela veut dire diversifier les produits, diversifier les marchés et diversifier les sources de financement. Il s’agit de différencier la production et de produire des produits de qualité.u003c/pu003eu003cp style=text-align: justify;\u003eOn parle aussi de diversifier le tourisme, mais je constate qu’il n’y a pas de touristes d’Amérique latine. Or, il y a un vol quotidien de 8 heures 30 entre Sao Paulo au Brésil et Johannesburg en Afrique du Sud. Ensuite, il faut 3 heures 30 pour atteindre Maurice.u003c/pu003eu003cp style=text-align: justify;\u003eLa compagnie aérienne Emirates fait du marketing sur les destinations Dubaï et Maldives auprès des touristes sud-américains. Pourquoi ne pas promouvoir Maurice auprès des latinos-américains ?u003c/pu003eu003cdiv style=background-color: rgba(96, 56, 20, 0.2); border: 1px solid grey; padding: 10px; margin-top: 10px; margin-bottom: 10px; text-align: justify;\u003eu003cstrongu003eLe chantre de l’indépendance des banques centralesu003c/strongu003eu003cbru003eu003cbru003eÀ la tête de la Banque d’Argentine de 2004 à 2010, Martin Redrado s’est opposé à la présidente Kirchner quand cette dernière a voulu utiliser les réserves de la banque centrale pour payer la dette du pays.u003cbru003eu003cbru003eLe 14 décembre, la présidente Kirchner crée, en effet, par une sorte de décret-loi, le Fonds du bicentenaire pour le désendettement et la stabilité, qui doit être doté de plus de 6,5 milliards de dollars puisés dans les réserves de la Banque centrale. Ce fonds est destiné à payer les intérêts de la dette du pays et à réduire le service de la dette à travers une opération financière. Martin Redrado se refuse à alimenter ce fonds, affirmant que seul le Congrès a le droit de prendre une telle décision, et non l’exécutif. Le 7 janvier 2010, Kirchner destitue Martin Redrado par un autre décret-loi d’urgence, en l’accusant d’insoumission, notamment dans son refus d’accepter la création du Fonds du bicentenaire. Martin Redrado, lui, soutient que l’exécutif n’a pas le droit de prendre une telle décision, sans l’aval du Congrès. Le décret de démission est dans un premier temps suspendu par une juge fédérale. Mais Martin Redrado démissionne finalement le 29 janvier 2010. Aujourd’hui, il préside Fundacion Capital, une organisation régionale à but non lucratif dont la mission est de combattre la pauvreté à travers la mise en place de projets innovants qui renforcent la capacité des familles pauvres à générer des actifs.u003c/divu003e}]

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