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Industries culturelles, un catalyseur du progrès économique

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Les industries culturelles et créatives recèlent un énorme potentiel économique. Car elles génèrent des emplois directs et indirects et contribuent à équilibrer la balance commerciale. Or, Maurice, comme les autres économies émergentes, n’a pas su toujours valoriser comme il se doit sa riche diversité culturelle, son patrimoine ou encore ses artistes, privilégiant un modèle de  développement plus classique basé sur la production des biens et des services, mais qui n’a pas pleinement favorisé la créativité de sa main-d’œuvre.

AUPARAVANT reléguée au second plan, la culture joue aujourd’hui un rôle de premier ordre dans les processus de développement. Un phénomène qui s’explique par la mondialisation de l’économie, des communications et de la culture, la révolution numérique et le développement d’une économie des services et d’innovation qui nécessite l’apport de gens créatifs, capables de sortir des sentiers battus. Nos artistes ne sont plus considérés comme des illuminés, mais leur intérêt pour les arts, la culture et leur attachement à l’histoire fait qu’ils ont développé des compétences transversales si nécessaires pour une société qui veut avancer.

Selon l’Unesco, les industries culturelles et créatives représentent environ 1 600
milliards de dollars. Ce secteur repose sur trois grands piliers : le patrimoine culturel et naturel (services de musée, sites archéologiques et historiques, paysages culturels, etc.), la créativité et les médias (arts visuels et artisanat, livres et presse, audiovisuels et médias interactifs, arts de la scène et festivités, entre autres) et le design et les services créatifs.

À Maurice, les arts, la culture et l’artisanat ont été quelque peu les oubliés de notre modèle de développement. Mais notre transition vers une économie des services et notre intégration dans le courant de la mondialisation ont dynamisé les industries créatives. Comme le souligne l’économiste Pierre Dinan, «toute activité humaine contribue à l’économie. Celle-ci est la mise en action des ressources humaines. Les finances viennent de nos activités antérieures, de nos épargnes. Dans ce capital humain, l’on retrouve ceux dont les activités ne sont pas de produire
des biens, mais un service. La culture est un service, comme par exemple celui qui chante et écrit», observe-t-il. Et d’ajouter : «Si les artistes se produisent pro bono, rien ne se passe d’un point de vue économique. Mais à partir du moment où ils se font rétribuer, c’est une activité économique».

De son côté, Rajiv Servansingh, Chairman de MindAfrica, fait remarquer que beaucoup de
familles mauriciennes gagnent leur vie en participant à des activités de création et de promotion de produits culturels. «La création artistique sous toutes ses formes constitue une activité économique dans la mesure où elle contribue à la production d’une plus-value et l’ensemble de ces activités constitue une industrie. Il faut mettre en place les moyens pour pouvoir estimer l’impact de la cessation d’une part importante de ces activités sur les personnes directement concernées».

Toutefois, si le secteur génère des débouchés économiques, il est victime de la Co-vid-19. En effet, la crise impacte lourdement les activités culturelles et créatives résultant en la perte soudaine et massive d’opportunités de revenus découlant de la fermeture des frontières et de l’arrêt des activités touristiques. «Nous avons été frappés de plein fouet. Cela veut dire que nous avons 900 musées dans le monde qui ont fait faillite l’année dernière», indique Emmanuel Richon, conservateur du Blue Penny Museum. Et Pierre Dinan de renchérir : «Ceux qui se produisent le soir dans les hôtels et les artistes, entre autres souffrent. Ils sont victimes de la fermeture des frontières. Ils sont les oubliés».

MANQUE DE VISIBILITÉ

Pour sa part, Rajiv Servansingh regrette qu’à Maurice, la culture est sous-estimée. Selon lui, il y a un manque de visibilité par rapport aux activités culturelles dans l’économie nationale. Quant à Emmanuel Richon, il reconnaît les efforts fournis pour redonner ses lettres de noblesse à la culture. «Le problème, c’est qu’il n’y a personne qui vient à Maurice. Il aurait fallu que les Mauriciens remplacent les touristes. Maintenant, nous ne pouvons pas demander aux mêmes personnes de revenir plusieurs fois dans le même musée», dit celui qui organise souvent des expositions temporaires gratuites. «Si elles étaient payantes, cela poserait problème. Les Mauriciens sont habitués à avoir des expositions temporaires gratuites», indique-t-il.

POURQUOI PAS LA MODE ?

Clairement, la panne de l’activité touristique impacte lourdement le secteur culturel.  Celui-ci doit trouver d’autres re-
lais de croissance et se tourner vers l’intérieur. Le domaine de la mode fait partie de ces créneaux à exploiter, estime Pierre Dinan. Il étaye ses propos : «Le Fashion and Design Institute, à Ebène, devrait pouvoir produire
des artistes. Ceux-ci pourraient, par exemple, produire des robes qui soient propres à Maurice. Cela devrait aider l’industrie du textile. Pourquoi ne pas avoir des stylistes à la disposition des grosses entreprises textiles ? Est-ce que ce n’est pas le moment propice compte tenu de la situation dans laquelle nous sommes ? Il nous faut devenir inventifs».

De son côté, Emmanuel Richon estime qu’il est difficile d’appréhender le futur. «Si les frontières se rouvraient et que tout revenait presque comme avant, à ce moment-là le Blue Penny Museum retournerait à la normale», soutient-il. Ces derniers mois, il y a eu tellement de chamboulements. Ce qui amène Emmanuel Richon à dire que même avec
la campagne de vaccination, le problème ne sera jamais réglé. Rajiv Servansingh est tout
aussi inquiet. Il estime qu’une seconde vague de la pandémie aura de graves conséquences sur l’ensemble de l’économie et la société. Il faudrait alors envisager des actions drastiques. «Il est difficile de prévoir les conséquences à ce stade pour les secteurs d’activité. Cependant, nous pouvons envisager un scénario plus optimiste en vue de l’accélération d’un programme de vaccination à l’échelle mondiale et nationale», souligne-t-il.

Quant à Pierre Dinan, il reste optimiste. «Essayons chacun  d’entre nous de prendre notre destin en main. Nous devons voir ce qui pourrait être fait. Nous ne pouvons plus dire que c’était comme cela avant. Il faut être réaliste et
ne pas, non plus, broyer du noir. C’est le moment pour chercher du nouveau. Nous devons agir», insiste-t-il. Et justement, c’est en cherchant de nouvelles filières et en repensant notre architecture économique, notamment en développant des politiques pour favoriser la culture et la création, qu’on sera mieux armé pour affronter un avenir où le succès se mesurera à l’aune de l’innovation.

 

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