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Formation – La crise accélère l’apprentissage en ligne

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E-learning La Covid-19 bascule la formation dans le numérique

La digitalisation des services de formation et d’éducation est désormais la norme dans une nouvelle normalité dictée par les gestes barrières et la distanciation physique. L’éclatement de la pandémie de la Covid-19 et ses contraintes sanitaires a, en effet, donné un coup d’accélérateur au processus et à l’apprentissage à distance qui gagnait déjà du terrain. Si certaines entreprises proposant des formations tablent à fond sur l’e-learning, d’autres se mettent au diapason.

Déjà avec le Budget 2020- 2021, axé sur la reconstruction économique, le gouvernement donnait le ton : une enveloppe de Rs 15 milliards a été allouée au ministère de l’Éducation, de l’enseignement supérieur, de la science et de la technologie. À cela s’ajoute une exonération de la taxe sur le matériel et équipements liés aux technologies de l’information à des fins d’e-learning pour les établissements internationaux souhaitant s’installer à Maurice.

Dans la pratique, la Covid-19 a chamboulé les choses sur plusieurs plans. La pandémie globale a redistribué les cartes dans l’apprentissage en général, donnant certes une nouvelle impulsion, portée par les technologies numériques. Elle est surtout venue donner un coup d’accélérateur à la nécessité de se former autrement face à l’annulation des formations en présentiel à cause des mesures sanitaires ou simplement en raison des revues budgétaires, commente Steena Kistnen, directrice générale d’Uniciti Education Hub.

«Les entreprises ancrées dans l’apprentissage n’ont eu d’autre choix que de se réajuster et de réinventer leurs stratégies dans le déploiement de formations, basculant tout naturellement vers le numérique. Certaines entreprises plus réactives ont, par exemple, rapidement mis à disposition des bibliothèques de matériel d’apprentissage en ligne pour assurer la continuité des programmes de formation vers leurs audiences et clients respectifs tout en encourageant également leurs employés à se former. Dans ce même élan, d’autres ont rapidement conçu des programmes taillés sur mesure en composant avec les réalités de leurs audiences en termes de flexibilité, de besoins spécifiques ou de nouvelles thématiques contextuelles», ajoute-t-elle.

Le Dr Nittin Essoo, Academic Director de Rushmore Business School, note que les institutions ont dû trouver des stratégies d’adaptation en proposant des modes d’études alternatifs, notamment en incluant le digital learning afin de ne pas pénaliser les étudiants et de leur permettre de poursuivre leur cheminement académique. «La crise a eu un impact considérable sur la mobilité internationale des étudiants. Parmi les changements stratégiques majeurs qui sont notables, il y a cette tendance mondiale d’un passage des cours en présentiel classique à l’apprentissage en ligne et des efforts concentrés sur la réduction des coûts des programmes. Nous vivons heureusement à l’ère numérique, et de nombreux outils sont aujourd’hui disponibles afin d’organiser des sessions de travail à distance avec les élèves. Nous n’avions pas à préparer cette génération à ce nouveau mode de fonctionnement, car la technologie s’est déjà immiscée dans leur quotidien», remarque-t-il.

RÉDUCTION DES BUDGETS FORMATION

Krishan Deeljore, directeur de Skill Up, évoque une autre facette de cette nouvelle réalité qui dicte les prises de décision et les programmes de formation proposées. «La première a été la réduction des coûts et surtout des budgets formation dans beaucoup d’entreprises. Et il y a aussi eu celles qui ont réduit leur espace bureau au strict minimum et de ce fait, il n’y a plus d’espace dédié à la formation. Notre secteur a connu une très importante contraction à ce niveau, et il faut aussi ajouter à cela que les cours en ligne gratuits tels Udemy, LinkedIn Learning ou encore HarvardX sont désormais très prisés», indique-t-il. Par ailleurs, avec le confinement, le télétravail est venu créer de nouveaux besoins d’apprentissage sur les nouvelles compétences et outils de travail qui sont désormais essentiels afin d’être productif en ligne. Finalement, l’accélération de la digitalisation à tous les niveaux a forcé un grand nombre de centres de formation opérant de façon plus traditionnelle à revoir leur fonctionnement. «Nous avons dû nous restructurer et nous adapter à ce mode d’apprentissage, à commencer par la numérisation complète des contenus de formation et une baisse conséquente des prix pour les cours en ligne», fait-il ressortir.

Du côté de la Middlesex University Mauritius, la digitalisation ne touche pas que l’enseignement et l’apprentissage. Désormais, en plus de l’enseignement et l’apprentissage, les évaluations et le retour d’informations doivent être entièrement numérisés pour que ces processus soient faciles à utiliser et sûrs, tant pour le personnel que les étudiants. «Les systèmes de gestion de l’apprentissage y contribuent en hébergeant numériquement des ressources d’apprentissage sur différents supports, tout en utilisant des forums de discussion, des quiz, des points de contrôle des activités et des outils de détection de plagiat. Cette riche gamme de fonctionnalités multimédias permet aux enseignants de s’assurer qu’un large éventail d’étudiants est pris en charge avec, par exemple, la possibilité de fournir un retour audio pour la notation des évaluations. La stratégie d’apprentissage numérique doit également tenir compte du fait que les étudiants utilisent une variété d’appareils pour interagir, de sorte que l’utilisation d’applications mobiles peut également permettre aux étudiants d’accéder à leurs notes, de visualiser le contenu et les horaires, même en déplacement. Dans certains cas, l’assiduité peut être facilitée par les appareils mobiles», indique Dr Amar Seeam, Academic Director.

Qui dit enseignement et apprentissage digital, dit aussi se doter des outils technologiques nécessaires. Une panoplie de ces outils est disponible gratuitement en ligne et a permis à beaucoup de sauver la mise. C’est notamment le cas pour l’University of Technology, Mauritius (UTM). «Heureusement, les logiciels de visioconférence tels que Google Meet ont permis de minimiser les dégâts. Cependant, migrer des cours du mode présentiel au mode à distance juste en modifiant le canal de communication n’est pas viable à long terme. Les entreprises ont dû aussi accélérer l’adoption de plateformes de gestion de l’apprentissage telles que Google Classroom pour un environnement d’apprentissage convivial», dit, pour sa part, le Dr Keith Robert Thomas, directeur général de l’UTM.

De son côté, Krishan Deeljore insiste sur le fait que dans peu de temps, avoir simplement un compte Zoom ne suffira peut-être plus. «Il faudra investir dans les technologies numériques telles que la gamification ou la réalité augmentée afin de pouvoir créer nous-mêmes du contenu interactif et de haute définition, comme cela se fait ailleurs depuis pas mal de temps», précise-t-il.


GARDER L’HUMAIN AU CŒUR DE TOUTE STRATÉGIE DIGITALE

À l’ère des nouvelles technologies et de l’EdTech, comme la réalité virtuelle ou augmentée, la ludification ou encore l’apprentissage adaptatif, se posent aussi de réels défis, notamment d’humaniser le numérique. «Tous les apprenants confondus, qu’ils soient étudiants ou professionnels, sont à l’affût d’interactions humaines et d’échanges réels, que la simple transmutation vers le numérique ne peut exclusivement offrir. Il est donc nécessaire, dans un contexte de pandémie persistant, qui repousse sans cesse l’échéance de l’interaction présentielle, que les entreprises de formation s’attellent davantage à développer des modèles d’apprentissage et des solutions éducatives plus immersives qui favorisent ces interactions», indique Steena Kistnen. Elle est rejointe sur ce point par Myriam Blin, Head of Leadership du Charles Telfair Centre, qui insiste sur l’importance de différencier le passage au numérique d’urgence, qui est souvent fait dans des conditions pédagogiques peu idéales, et celui ancré dans une stratégie de long terme. «La formation numérique a toujours fait partie de la stratégie d’apprentissage au CTC à travers un format hybride, mais celle-ci était essentiellement concentrée pour nos formations certifiées (award courses). Nous l’avons maintenant étendue à nos formations continues non certifiées (non-award courses) du Leadership Centre, toujours en format hybride. La force d’un format hybride est qu’il permet de conserver l’échange et le contact humain tout en amenant de la flexibilité dans l’apprentissage et surtout de favoriser le développement de compétences en apprentissage autonome (self-learning), un domaine de compétences essentiel dans le domaine du leadership».

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